Traversée des Pyrénées

Au retour de notre formidable tour du monde, nos vacances s’étaient limitées à un tour du Mont Thabord, certes mémorable mais limité à 4 jours.
Encore nostalgiques de notre non-moins formidable Grande Traversée des Alpes et avec l’envie de consommer local, nous partons donc en Juillet 2012 à l’assaut de la partie centrale de la Grande Traversée des… Pyrénées, pour un peu moins de trois semaines.
Une bonne occasion pour nous de découvrir ce massif que nous ne connaissons quasiment pas.

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J1 : Barèges – Cabane de Aygues-Cluses. +915 / -70 / 6h

Nous atteignons Barèges, le départ de notre trek, après une nuit de train jusqu’à Lourdes puis deux correspondances en bus.
Les premiers pas se font dans un brouillard frais mais rapidement nous sortons de la mer de nuages pour découvrir le beau vallon de la Pègue où les chèvres sont espiègles !

Nous sommes déjà en montagne mais l’ambiance est très bucolique avec multiples ruisseaux, petites fleurs et herbe rase.

Premier bivouac au bord du lac d’Agalops et premier contact motivant avec les Pyrénées !
C’est aussi l’inauguration de notre nouvelle tente MSR ultra légère… car Vaillante (notre ancienne tente) a pris une retraite bien méritée.

J2 : Col de Madamète, lac d’Aumar, col d’Aumar – Laquets de Port Bielh. +870 / -800 / 8h30

Pour la deuxième étape nous passons le col de Madamète et découvrons l’incroyable parc des lacs de Néouvielle. C’est un peu fréquenté mais il y a bien un lac par personne !

Le corps s’habitue aux sacs lourds. Premières baignades dans des lacs aux couleurs tropicales et à l’eau étonnamment tempérée.
Même Céline fait trempette !

Petite variante par le col d’Aumar, quasi-désert, et bivouac vers les « Laquets de Port Bielh », avec en ligne de mire le magnifique Pic de Bastan.

J3 : Lac de Bastan supérieur, par le Pic de Bastan. +550 / -500 / 5h

Au petit matin du troisième jour nous entamons la montée au col de Bastanet puis enchaînons par un beau raidillon jusqu’au sommet du Pic de Bastan.

La vue pour le picnic est exceptionnelle. Difficile de compter tous les lacs à l’horizon, mais nous arrivons à 31 !
Nous aurons le sommet pour nous tout seuls pendant quelques heures, il faut dire que le chemin est délicat : à la descente nous perdons nos traces de montée et prenons d’autres traces (de chamois ?) qui nous mènent sur des passages assez exposés… avec les gros sacs, on sert les fesses !

Nous retrouvons Sandra (oui, la Sandra d’Australie !) et son amie Céline (oui, une autre !) au bord du lac de Bastan supérieur. Nous passons une excellente soirée entrecoupée de multiples baignades et trouvons le sommeil bercés par le clapotis du lac…

J4 : Boursip par le col de Bastan de Lugues. +500 / -2020 / 8h

Nos chemins se séparent déjà le lendemain car nous voulons continuer toujours vers l’est. Au lieu du col de Portet qui est sur l’itinéraire de la Grande Traversée des Pyrénées (le GR10), nous optons pour son voisin plus au nord, le col de Bastan de Lugues.

Nous découvrons un joli vallon alpin désert qui nous mène, après une longue descente, au charmant village d’Aulon (et une nouvelle baignade). Nous ne sommes pas arrivés pour autant : il nous reste encore à franchir la petite « colline » de Grascouéou, que nous grimpons sur 500 mètres d’un sacré raidillon. Heureusement le ravitaillement est là : myrtilles, fraises et framboises à gogo !

Après une petite traversée nous redescendons sur encore 800 mètres dans un enchaînement d’épingles qui mettent nos genoux en compote.
Heureusement nous sommes bien accueillis au camping de Boursip où on nous prête des vélos pour aller déguster une garbure (soupe traditionnelle), un confit de canard et une fondue de chocolat au restaurant « Les Tables de la Fontaine ». Nous découvrons les jolis toits en lauze des Pyrénées.

J5 : Sous la cabane d’Ourtiga. +1430 / -800 / 10h

Le cinquième jour nous partons pour une longue étape.
Pour commencer, 700 mètres de montée jusqu’au col d’Azet. Puis une descente équivalente jusqu’au village de Loudenvielle où nous allons récupérer un colis garni de mets délicieux et lyophilisés que nous nous sommes envoyé en poste restante (une idée de Céline déjà mise à profit dans la GTA).

Ou plutôt… c’est ce que nous croyons. La Poste est fermée le jeudi après-midi !
Nous mangeons donc une pizza (moyenne) et une glace (plus convaincante) pour nous consoler et reprenons le chemin bredouille. Nous traversons le village de Germ ou nous achetons une délicieuse tomme de brebis directement à la fromagerie.

Une longue traversée nous mène au vallon d’Ourtiga recouvert d’un épais brouillard. Après 10 heures de marche nous plantons enfin la tente dans cette ambiance « mystique », une fondue au réchaud et quelques myrtilles et framboises nous redonnant des forces.

J6 : Lac Saussat. +1425 / -1070 / 8h45

La matinée se passe dans une brume épaisse, les herbes (et nos pieds) sont trempées et on ne voit le paysage que par intermittence jusqu’au Couret d’Esquierry.

Nous voyons le premier vol de vautours en altitude et des iris des Pyrénées en fleur. A la descente dans la forêt le temps se découvre et nous pouvons faire tout sécher à la pause picnic aux Granges d’Astau. Nous montons jusqu’au lac d’Oô sur un chemin très fréquenté.

Le lac est joli, mais le barrage et le refuge beaucoup moins : on continue ! Nous dormirons au bord du lac Saussat après 400 mètres de montée supplémentaires. Excellente nouvelle au refuge d’Espingo : le gardien nous confirme qu’il existe un passage vers l’Espagne non balisé mais sûr, le « port d’Oô ». Nous allons donc pouvoir quitter le GR10 comme c’était prévu et enchaîner sur les chemins espagnols.
Au menu du dîner : pieds de mouton trouvés dans la montée. Dernière baignade… dans la brume qui est de retour. Sacrée ambiance !

J7 : Vallée d’Estos par col des Gourgs Blancs et Port d’Oô. +1580 / -1530 / 11h

Réveil une heure plus tôt que d’habitude car grosse étape et orage au programme ! Bonne surprise quand même, le temps est complètement dégagé avant le lever du soleil. Nous découvrons le très beau cirque d’Espingo qui était resté caché la veille.

Après 500 mètres de montée nous observons un groupe de vautours qui se disputent la carcasse d’une brebis morte. Leur démarche au sol contraste tellement avec leur élégance en vol. Ils sont une vingtaine, c’est impressionnant, une vraie carcasse party !
La montée en direction du Port d’Oô indiqué par le gardien la veille se fait sans trop de difficulté, mais le vent se met à souffler très fort le temps se gâte rapidement. Au pied du passage à franchir, un éboulis très instable nous oblige à faire de nombreux détours, les pierres chutent autour de nous…
Heureusement après une heure et demie de patience nous parvenons à émigrer en Espagne !

Pas le temps de boire une sangria pour autant car l’orage approche et nous sommes à presque 3000 mètres sur une crête : encore 1000 mètres à descendre ! Nous trouvons un petit paradis de bivouac sans que l’orage n’ait finalement grondé… jusqu’au milieu de la nuit, où nous sommes réveillés par les éclairs qui vont tomber pendant deux heures : insomnies garanties.

J8 : Camping de Senarta. +270 / -635 / 5h

Nous arrivons à descendre la vallée d’Estos presque sans encombre, quand l’orage éclate à 500 mètres du camping d’Ixera : juste assez pour se faire un peu tremper, même en courant !

Contrairement à ce qu’on espérait, aucun ravitaillement possible au camping, mais au moins on peut déjeuner au sec. Nous poussons encore quelques kilomètres pendant une accalmie, jusqu’au camping de Senarta. Ce n’est pas plus qu’une clairière mais les douches sont chaudes et ça c’est un luxe qu’on avait oublié !
Par contre l’orage revient en fin d’après midi et nous mangeons les nouilles à l’abri sous la tente pendant qu’un déluge son et limière s’abat sur la vallée.

J9 : Barranc d’Anglos. +945 / -940 / 8h

Plein de bonne volonté nous nous réveillons à 6h25, mais la pluie qui n’a pas arrêté de tomber pendant toute la nuit nous décourage : ça attendra 8h et nous prendrons finalement la navette qui monte du camping au refuge de Coronas.
C’est un peu dommage car le chemin s’avère très beau, mais c’est comme ça ! La vraie rando commence donc à 10h mais au moins il fait beau. Nous entrons dans le parc national Posets – Maladeta et longeons tous les superbes lacs de Llausset.

Pour prendre un peu d’avance sur les jours suivants nous continuons au delà du refuge d’Anglos et campons dans un petit paradis : rivière, pins, myrtilliers, panorama…

J10 : Lac Deth au dessus du refuge Dera Restanca. +1375 / -1145 / 10h45

Descente dans « l’Ubaguet » des plus casse-pattes et pas très intéressante, si ce n’est pour les framboises à volonté et les quelques girolles ! Puis on traverse une 2×2 voies perdue au milieu de la montagne, la N230… étrange parenthèse.

Nous ne profitons même pas de ce retour brutal à la civilisation car le magasin d’Espitau de Vielha où nous devions nous ravitailler est fermé jusqu’à nouvel ordre ! Il faudra faire avec nos maigres réserves (encore !).

Nous quittons rapidement l’agitation de l’autoroute pour monter le beau raidillon qui mène au Lac de Rius puis traversons à flanc jusqu’au refuge Dera Restanca (nous nous ravitaillons en denrée indispensables). Il y a pas mal de monde sur les chemins. Il nous faut pousser encore un peu (par un dernier raidillon…) pour trouver le spot à bivouac à la hauteur de notre dîner aux champignons.
Sacrée journée !

J11 : Estany de Les Obagues de Ratera (sous le Refugi d’Amitges). +1100 / -1120 / 10h

Encore une longue journée et ses quatre cols à franchir ! Mais les vues sont magnifiques avec toujours plus de lacs.

Un peu à court de réserve, nous achetons des sandwiches au refuge Colomers pour les manger au bord de l’Estanh Mort avant une bien agréable baignade. Il y a pas mal de monde, il ne faut pas hésiter à prendre les chemins moins balisés. Toujours des lacs, des torrents, des pins… c’est magnifique.

Une dernière montée jusqu’au coll de Ratèra, on s’écarte un peu du GR pour trouver un beau bivouac avec baignoire et douche (Lac d’Estany de Les Obagues de Rateraet torrent Riu de Ratera) !

J12 : Camping La Guingeta d’Aneu. +290 / -1475 / 10h

Très belle descente jusqu’à au lac Maurici (on voit deux isards) puis nous croisons beaucoup de monde jusqu’à Espot. Mais nous pouvons enfin faire un ravitaillement et nous remplissons nos estomacs au restaurant.

La traversée en plein soleil jusqu’à La Guingeta d’Aneu nous liquéfie : nous n’irons pas plus loin aujourd’hui et profitons du camping pour une douche, une lessive, une bière et une piscine.

On rattrapera le retard demain matin !

J13 : Au dessus du château de Lladorre. +1885 / -1610 / 13h (!!)

Départ 6h30 pour profiter d’un peu de fraîcheur : la montée autour de Dorve se fait sans trop de difficulté. L’arrivé sous le cap de l’Escabedo se fait dans une très belle forêt de pins.

A 11h, déjà 1200 mètres de montés. Après une longue descente jusqu’au joli village d’Estaon, nous hésitons mais décidons de continuer le long du Riu Peracalç. Une petite baignade et on entame une dernière montée par 33 degrés sans ombre.

Et c’est pas fini ! Il faut encore redescendre après le Col de Jou pour trouver où prendre de l’eau et planter la tente. A 20 heures nous pouvons enfin profiter d’un repos plus que mérité.
On bat encore notre record de dénivelée et de durée…

J14 : Borda del Gavatxo (Vall Ferrera). +1615 / -1205 / 12h

Nous coupons directement la vallée sans passer par Tavascan pour attaquer la montée en direction de la crête de Tudela. Les villages de Boldis Jussà et Boldis Sobira sont bien pittoresques.

Puis encore une longue montée dans la chaleur (et la transpiration) et les premiers coups de tonnerre. Ils sont un peu en avance : les prévisions disaient 15h et il n’est que 14h47.
Petite hésitation avant de faire un détour par Areu, c’était la bonne décision : des provisions, une bière et une glace en récompense.

Finalement nous arrivons au bivouac sans orage… mais les moustiques nous obligent à manger sous la tente !

J15 : Sous le refuge Baiau. +965 / -165 / 6h

Réveil un peu plus cool que les jours précédents qui nous ont bien fatigués. Montée tout aussi paisible jusqu’au refuge Ferrera, puis nous continuons pour prendre de l’altitude et retrouver une ambiance plus sauvage.

Nous profitons d’une longue soirée près du refuge Baiau, très sympa avec son design « container ». Le retour en altitude c’est aussi l’occasion de reprendre la baignade du soir !

J16 : Au dessus d’Arans. +1055 / -1975 / 10h

Arrivés au col de Baiau, nous nous payons le luxe de la montée jusqu’au sommet. Nous sommes vraiment proches de la triple frontière Espagne / France / Andorre et pour le coup la vue panoramique est grandiose. Puis il faut se résoudre à descendre et croiser un peu de monde jusqu’à Arinsal, une station de ski, belle comme une station de ski.

Pour nous dégourdir les jambes avant la nuit, un sacré raidillon pour passer le Coll de Les Cases… suivi d’une descente encore plus raide. Dernier bivouac dans un champ.

J17 : Ordino

La dernière demie journée nous fait monter et descendre sans fin jusqu’à Ordino. Coup de bol, le bus arrive tout juste lorsque nous arrivons en ville : vingt minutes plus tard, nous sommes à Andorre La Vieille, paradis du consommateur low cost… la claque ! Heureusement, la vieille ville a gardé un certain charme pour amortir notre retour à la « civilisation ».

Récolte

Malheureusement, comme lors de notre première traversée nous avons rencontré encore trop de déchets !
Un petit résumé :

Le top, ce serait de pouvoir déposer tout ça devant le palier des gens qui l’ont jeté, mais comme nous n’avons pas l’adresse, nous nous contentons de le déposer dans les poubelles que nous croisons dans les villes.

Bilan

C’était un grand plaisir de refaire une longue traversée en montagne. Celle-ci nous a paru un peu plus difficile que les Alpes car il y a fait très chaud (surtout pour les étapes en basse altitude), les étapes étaient souvent longues et nous avons rencontré peu de points de ravitaillement.
C’était assez physique, mais quelle récompense ! Pour une première rencontre, c’était un peu le coup de foudre.
Les paysages étaient sublimes (nous rappelant un peu le Queyras avec leurs pins torturés), les lacs innombrables, les chemins relativement peu fréquentés et les spots à bivouac toujours à portée de pied.
Le seul défaut que nous avons trouvé aux Pyrénées, c’est d’être un peu loin de Lyon… nous avons hâte d’y retourner.

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