GTA : résumé des épisodes

Bon, il est temps de passer au concret !

Voici une tentative de carnet de bord de nos 21 jours de marche.

Attention : les données de dénivelées et distances indiquées chaque jour sont « recalculées » à postériori via google earth, prenant en compte les moindres variations de relief. Elles sont donc plutôt supérieures à celles qu’on trouve dans les topos (qui sont elles, plus « arrondies ») et ne doivent pas être comparées.

Jour 0 : Les Prioux – Peclet Polset – +700m/0m/7km

Nous commençons notre périple en fin d’après midi, après un trajet en train Lyon -> Moutiers agrémenté de 2 heures de retard, et un petit coup de pouce de nos parents pour rejoindre le véritable départ : aux Prioux, à quelques kilomètres au sud de Pralognan La Vanoise.

Il fait beau, la lumière est incroyablement claire… ça commence bien.

La montée est rapide (ça vaut mieux, la nuit tombe !) jusqu’au refuge de Peclet Polset que nous atteignons au crépuscule (Le bivouac dans le Parc National de la Vanoise est interdit).

Accueil sympa, diner gargantuesque, bonne nuit…

Jour 1 : Peclet Polset – Modane – +700m/-2100m/15km

Départ pour notre première vraie (longue) journée de marche.

On se reveille au milieu des éboulis, des glaciers, des marmottes. Il a neigé 3 jours plus tôt, les sommets sont encore recouverts d’un léger voile blanc : c’est magnifique. Que ça fait plaisir d’avoir cette impression d’un énorme gâteau qu’il ne reste qu’à dévorer !

La montée se fait facilement : on traverse une forêt de cairns et arrive au col de Chavière.

Et… c’est là que ça commence réellement : reste à faire les 2000 mètres de descente ! Pour une première journée, ça met bien en jambes. Heureusement, cette descente et magnifique et on ne le regrette pas.

On croise pas mal d’obus plantés au milieu des éboulis, c’est assez étonnant. Mais surtout, on admire des superbes lacs, cascades, forêts de mélèzes. C’est chouette la Vanoise !

Alors évidement, l’arrivée à Modane n’est pas des plus romantiques… mais il faut bien y passer !

Nuit au Camping municipal : correct, sans plus.

Jour 2 : Modane – Vallée Étroite – +1800m/-600m/13km

Départ de Modane, passage assez surréaliste sous l’autoroute, puis on s’enfonce dans la forêt… bourrée de fraises des bois, miam !!

Longue montée jusqu’au Col de la Vallée Etroite, que nous dépassons pour planter enfin la tente sur un plateau… tout simplement sublime. C’est notre premier bivouac de la rando, après le camping de la veille.

Nous serons certes dérangés, mais par un renard et un troupeau de chamois : on a vu pire !

On découvre à cette occasion que les marmottes ne crient pas toujours pour rien : entre un randonneur en short et un renard, l’alerte sonore prend une autre dimension (nous aurons l’occasion de le confirmer plus tard)

Le coin est vraiment sublime. Nous avions eu l’occasion de le découvrir l’an dernier et c’est vrai qu’il y a de quoi faire, autour du Thabor.

Bref, c’est le panard : c’est pour vivre ce genre de soirée qu’on fait bosser nos jambes !

Jour 3 : Vallée Étroite – Lac de Cristol – +1300m/-1100m/18km

Première journée avec un temps moyen (mais pas tant pire) mais par chance il pleut peu où nous passons ! Et puis le mauvais temps a l’avantage de donner des éclairages photogéniques.

Ci-dessous, le Thabor vu du sud, tel que nous l’apercevrons pendant plusieurs jours… de plus en plus petit !

Passage à Névache où nous achetons de quoi faire notre premier festin : fromage, vin blanc, pain… et en avant pour une montée costaud jusqu’au Lac de Cristol, pour une fondue maison pleine de souvenirs…

Le vent souffle très très fort mais nous ne regrettons pas d’avoir un peu souffert dans ce dernier raidillon : bonne baignade, super bivouac !

Jour 4 : Lac de Cristol – Briançon – +600m/-1500m/15km

Aujourd’hui, le temps est encore instable mais surtout le vent souffle très très très fort : une vraie tempête !

Nous abandonnons rapidement l’idée de suivre le chemin des crêtes après le Col de Granon. Pour autant, l’étape est très belle et la vue sur La Meije dans les nuages est impressionnante.

On se retourne à chaque col pour voir d’où on vient : ça passe vite ! Le Thabor est déjà loin…

On retrouve le soleil (et la chaleur !!) dans la descente sur Briançon. Le chemin est un peu instable, mais très beau avec sa vue plongeante sur la ville.

Dîner délicieux et accueil sympa au « Gastrologue« , et nuit à l’hotel des remparts, au confort sommaire mais agréable et très bien placé.

La vieille ville de Briançon nous fait presque apprécier la civilisation !

Jour 5 : Briançon – Lacs de Néa – +2000m/-800m/19km

La plus longue étape jusqu’à maintenant, mais encore de beaux paysages !

Le beau temps est de retour et les fraises… partout. Je n’ai tout simplement jamais vu ça. Je reviendrai dans le coin rien que pour les fraises des bois !

La montée au Col des Ailles est un peu longue, mais elle se fait bien. Nous croisons pour la première fois les traces d’une énorme avalanche (nous aurons l’occasion de voir pire, plus au sud). Les arbres sont arrachés sur tout le vallon, on comprend que la coulée est remontée sur à peu près 10 mètres de haut…

Arrivés au Col des Ayes, nous préférons filer à droite pour viser les Lacs de Néa, plutôt que de descendre sur Brunissard en suivant le GR5. Ce détour nous ajoute quand même 2h30 de marche aujourd’hui et à peu près autant demain (!) mais nous finissons par trouver un super spot à bivouac où le vent est un peu plus calme (ça souffle encore très fort !).

On essaye l’infusion aux aiguilles de pin maison : c’est plein de vitamines, parait-il. Mouais. C’est pas mauvais, mais pas délicieux non plus.

Jour 6 : Lacs de Néa – Col Fromage – +1800m/-2000m/19km

Après avoir passé une nuit un peu fraiche et très ventée, on découvre du givre sur la tente : il a bien fait froid et humide !

La descente sur La Chalp (pour rejoindre l’itinéraire initial) est sublime : la lumière du matin sur les immenses éboulis est assez photogénique 😉

Nous remontons ensuite sur le lac de Roue qui est certes très beau et bien entouré mais… un peu trop fréquenté.

Nous redescendons sur Chateau Queyras que nous n’aurons malheureusement pas le temps de visiter. Nous faisons des réserves dans l’unique épicerie-bar-presse-restaurant où l’accueil est très sympa et où on trouve de tout (même de quoi recoller des lunettes de soleil) !

Pour ne pas nous ennuyer, nous enchainons directement sur une belle montée (longue !!) en direction le col Fromage. Nous bivouaquerons un peu avant, après la fontaine rouge taillée dans un tronc par les chasseurs du coin : bel ouvrage !

Dans la soirée, les marmottes s’excitent plus bruyamment qu’à la normale. Ça ne loupe pas : c’est encore un renard qui rode. Grâce à elles, nous aurons bien le temps de l’admirer !

L’hôtel « un million d’étoiles », comme disent les bédoins, offre une vue acceptable :

Jour 7 : Col Fromage – Lac Saint Anne – +1300m/-1200m/15km

Et on est parti pour une nouvelle descente en vallée… suivie d’une belle montée !

Après un passage au col Fromage et ses impressionnantes pentes érodées, nous descendons sur Ceillac ou nous faisons un (décevant) ravitaillement…

… avant d’entamer la montée vers les lacs Miroir et Saint Anne.

Le premier est très fréquenté, mais très beau. Les marmottes quasi-apprivoisées se laissent bien prendre en photo, j’en profite.

Nous arrivons au second lac dans le calme de la soirée : c’est tout simplement magnifique. Le lac Saint Anne, d’un turquoise intense, est bien à sa place au milieu des falaises… grandiose !

Je réalise un vieux fantasme en me baignant entièrement habillé dans le lac Saint Anne.

Étonnamment, les mouches continuent à s’intéresser à moi… mais au moins, moi et mes vêtements sommes rincés.

Le soir, train train quotidien avec coucher de soleil sublime et nuit étoilée… ça devient lassant !

Jour 8 : Lac Saint Anne – Vallon de l’Inferneto – +1500m/-1300m/15km

Ce huitième jour se révèlera l’un des plus éprouvant !

Le chemin nous mène du lac Saint Anne au Col Girardin, d’où la vue à 360° est magnifique.

Au nord : d’où l’on vient, au sud : où l’on va ! Il nous faut encore réviser pour reconnaitre tous les sommets, mais on parvient à apercevoir le Thabor qui est vraiment loin derrière nous.

On ne s’endort pas ! Il reste encore du chemin : on entame la descente (raide) vers Maljasset. Nous y découvrons la plus belle épicerie du trajet où nous achetons de quoi vivre pendant au moins 2 jours sans ravitaillement : miel, petits pains suédois, pâtes, sauce tomates, fromage, fruits et légumes pour le midi, mouchoirs…

En théorie, le GR5 bifurque vers l’est, sur… la départementale 25. Hors de question pour nous de faire un tel détour sur route et nous optons donc pour un passage par l’Italie, plein sud.

Très belle montée aux lacs de Marinet où nous croisons un peu de monde. Nous décidons de continuer encore un peu pour passer la frontière.

Arrivés au col de Marinet, passage en Italie ! Les chemins sont notés sur la carte mais les courbes de niveau sont quasiment illisibles. Pas de quoi nous ralentir et nous continuons au sud pour arriver au pied… du col de Ciaslaras. (prononcer chiasse la race – désolé !)

Il n’y a que 200 mètres à monter mais… qu’ils sont raides !! La carte ne nous avait pas préparés à un tel raidillon et ça fait bientôt 10 heures que nous marchons !

Heureusement, nous arrivons en haut sans mauvaise surprise (2979m, le point culminant de notre traversée). Mais le col est quand même très très raide, pas bien tracé donc peu stable : à réserver aux habitués qui n’ont pas trop le vertige et qui ont confiance en leurs pieds. Pour le coup, nous sommes contents d’avoir emporté nos bâtons de marche.

La bonne surprise, c’est la descente, qui s’avère beaucoup plus praticable que la montée.

Bivouac in-extremis (par rapport à la nuit qui tombe et des nuages qui montent !) dans le vallon de l’Inferneto (tremblez…) et ses inévitables petits lacs charmants.

Jour 9 : Vallon de l’Inferneto – Col de Mallemort – +700m/-1000m/10km

Nous ne sommes pas au bout de nos surprises ! Le Col de l’Inferneto, bien que moins raide que Ciaslaras, s’avère un peu « exposé » : juste avant l’arrivée au col, il ne faut pas glisser. Avec un gros sac sur le dos, on ne fait pas les malins.

La suite est plus paisible, mais pas moins intense : on ne croisera que 3 personnes dans la journée et le coin est très isolé, et très sec (le ravitaillement en eau se fera attendre !). En tout cas, c’est superbe. On découvre de magnifiques lacs aux couleurs irréelles. Le petit lac de la Fiffestra, bien caché, est sans doute le plus beau que je n’ai jamais vu. Il a intérêt, parce que la baignade coute cher en calories !

On trouve du génépy, et comme nous ne sommes pas dans un parc naturel, on fait des réserves.

De retour en France, bivouac au bord d’un ruisseau où je goutte la mousse au chocolat lyophilisée. Pas mal !

L’infusion au génépy, elle, est un must. Il n’y a pas d’alcool, certes, mais le goût est bien présent.

Jour 10 : Col de Mallemort – Lac du Lauzanier – +1000m/-1100m/16km

Après un passage aux Baraquements de Viraysse, on descend sur le village de Larche.

Bien qu’assez touristique, Larche ne propose qu’une seule épicerie… celle du Camping ! Heureusement, on y trouve à peu près tout ce qui fera le bonheur d’un randonneur 🙂

La montée qui suit n’est pas la plus intéressante : quelques kilomètres sur route (heureusement peu fréquentée) et surtout, l’entrée dans le Parc National du Mercantour. En soit, le vallon du Lauzanier est superbe… mais tellement fréquenté ! Après ces 10 jours de nature, de calme, d’isolement, cette affluence nous refroidit un peu : nous passons la seconde pour atteindre le Lac du Lauzanier… où nous arrivons en milieu d’après midi : nous nous offrons notre première soirée de vrai repos à tremper les pieds (et le reste) dans l’eau.

Pour la première fois, nous apercevons un gros oiseau qui planne en altitude et semble reigner sur le massif… intrigant.

Reveil à 2h du matin pour une petite observation des étoiles et retour sous la tente.

Jour 11 : Lac du Lauzanier – Le Pra – +500m/-1100m/9km

Dès que l’on quitte le Lac du Lauzanier, on retrouve une ambiance plus « haute montagne » : moins de monde et un paysage principalement minéral.

A ce propos, le Pas de la Cavalle est superbement tracé au milieu des falaises qui s’effritent : une fois en bas, impossible de voir où on est passés ! Pour autant il ne présente aucune difficulté.

Le GR déscend ensuite sur Bousiéyas, mais nous optons pour Le Pra, quelques kilomètres à l’est car nous avons réservé dans l’unique restaurant de ce charmant village qui ne compte que 10 maisons : le Pratois. Le diner se révèlera délicieux et l’accueil… pareil : une très bonne adresse !

Après ce diner un peu décalé, nous campons à quelques mètres du restaurant, au milieu d’un champ.

Jour 12 : Le Pra – Saint Etienne de Tinée – +1700m/-2200m/18km

Notre détour vers Le Pra nous oblige à couper à travers la forêt pour rejoindre le GR. Nous nous en sortons bien, sans nous perdre… mais ça nous rappelle à quel point progresser dans les herbes hautes est moins efficace que sur un bon sentier !

La déscente sur Saint Dalmas le Selvage est dépaysante : on commence à se sentir « dans le sud » tant l’herbe devient jaunie, les insectes nombreux, et les fleurs différentes… c’est paisible, ça sent bon !

A ce propos, on voit très clairement la différence entre l’ubac (le versant nord) qui reçoit peu de soleil et sur lequel la forêt d’épineux prospère, et l’adret (versant sud) de plus en plus aride au fur et à mesure que l’on descend vers la mer.

Saint Etienne de Tinée ne nous laisse pas un souvenir immuable. La pizzeria où nous mangeons nous en laissera même un carrément mauvais.

En revanche, nous avons la chance de rencontrer Nathanaël, dont le travail consiste à référencer les chamois marqués qui vivent en liberté dans le massif. Il nous convie gentiment à partager une observation au crépuscule (nous prendrons à cette occasion le seul engin motorisé de nos vacances. Mais comme nous faisons un aller / retour du même point, notre conscience est sauve). Armés d’une longue vue et de pas mal de patience, nous finissons par observer une mère et son petit, comme si nous étions à quelques mètres d’eux, sans les déranger : une expérience inoubliable !

Jour 13 : Saint Etienne de Tinée – Vallon de Sallevieille – +2000m/-1200m/15km

Nous quittons Saint Etienne de Tinée pour rejoindre la station de ski d’Auron, qui, comme toute station de ski -en particulier en été- est moche.

La descente sur Roya, par contre, est très sauvage. Nous nous arrêtons dans le village, où se déroule une petite fête.

L’ambiance est vraiment très sympa (concours de dictée, chants des anciens, et bière fraiche) et il nous faudra une sacrée volonté pour quitter Roya, et continuer notre marche jusqu’au bivouac dans le Vallon de Sallevieille !

Heureusement, nous ne serons pas déçus avec une très belle cascade qui fera office de douche, une fondue maison et toujours plus de grands oiseaux qui planent au dessus de nos têtes.

Jour 14 : Vallon de Sallevieille – Refuge de Longon – +1300m/-1200m/15km

La météo annonce des orages pour l’après-midi, nous essayons donc de ne pas trop trainer au départ (mais sans vraiment de succès : nous décollons vers 9h).

Tandis que nous montons vers le Col de Crousette, le temps se gâte rapidement, en particulier au nord… et nous nous dirigeons vers le sud. Il est à peine 10h30. Nous gardons donc espoir de passer le col avant les ennuis. Espoir qui s’envole rapidement alors que nous approchons du col : même si nous commencions à nous en douter, l’orage arrive en quelques minutes au dessus de nos têtes. Aucun abris à moins de 2 heures de marche et nous sommes quasiment au sommet, au milieu d’un éboulis… il ne nous reste que les réflexes de survie : nous redescendons en courrant pendant quelques secondes pour être un peu moins exposés ; nous jetons les bâtons de marche aussi loin que possible, posons nos sacs à dos sur le sol, et nous asseyons dessus : à ce moment là, on ne rigole pas du tout. Nous n’avons pas le temps de sortir un blouson que la grêle se met à tomber très fort, emportée par un vent violent qui tourbillone dans tous les sens. Les éclairs sont de la partie : nous les voyons tomber à quelques centaines de mètres devant nous, mais quelques uns frappent sans doute le sommet qui est juste derrière nous.

En bref, c’est l’apocalypse… et nous sommes en plein milieu !!

Apocalypse qui dure à peine 10-15 minutes. L’orage repart aussi vite qu’il est arrivé. On se réveille alors comme après un gros cauchemar. On est frigorifiés ! La température a baissé d’une dizaine de degrés et nous venons de nous prendre 10 minutes de grêle et de vent en T-shirt… mais au moins, personne n’est mort foudroillé.

C’est toujours rigolo à raconter après coup. Mais franchement, on était pas fiers.

Bref. Nous entamons la descente sur Vignols en retrouvant doucement nos esprits. Nous sommes bien aidés pour ça par des gens du coin, en balade (elle aussi secouée) qui nous offrent un petit verre de Limoncello maison : sympa !

Cette fois-ci, nous parvenons à identifier les oiseaux qui nous observent en plannant : ce sont de superbes vautours. Pour le randonneur en méchoui, ça sera une prochaine fois !

On continue vers le Plateau de Longon, où le temps nous offre de beaux éclairages et les marmottes se laissent observer.

Nous avions prévu de bivouaquer un peu plus loin, vers Rimpas. Mais l’accueil au Refuge de Longon (ou Vacherie de Roure) est tellement sympa que nous décidons d’y manger et de planter la tente à côté.

Nous discutons avec les randonneurs présents à table, dont certains ont également subi l’orage du matin… il aura marqué les esprits ! Les gestionnaires du refuge sont, depuis un an, également les propriétaires de la ferme. Au programme donc : préparation du fromage de chêvre, traite des vaches, discussion sur le loup et le patou (un espèce de chien de berger déguisé en mouton :-), et évidement, dégustation d’un diner aux produits maison.

Une bien belle soirée.

Jour 15 : Refuge de Longon – Rimpas – +1600m/-2500m/15km

Nous commençons ce quinzième jour de rando par une erreur qui coûte cher : après 2h de marche, nous découvrons qu’il nous manque nos jumelles (flambant neuves) : elles sont restées au refuge. Demi-tour, au pas de course.

3 heures et 300 mètres de montée + descente plus tard, nous reprenons le chemin normal.

Même si le moral reste intact, la descente sur Saint Sauveur sur Tinée en plein soleil sera éprouvante (il faut dire qu’on descend 1500 mètres)… mais pas autant que la remontée en direction de Valdeblore !

Cette partie du trajet est très urbanisée et pas moyen de trouver un coin pour planter une tente. Après avoir essayé de réserver vers tous les gîtes et campings du coin, nous arrivons, un peu à boût de force, à Rimpas. Nous demandons un conseil à une habitante et là, miracle : un coup de fil au maire (oui oui !) et nous sommes accompagnés jusqu’à un espèce de jardin public !

Ca n’est pas le bivouac le plus romantique du trajet, mais ça fera l’affaire. Encore un accueil très chaleureux, en tout cas.

Evidement, le seul restaurant / épicerie du village est fermé… exceptionnellement, ce soir là.

Jour 16 : Rimpas – Vallon du Barn – +1900m/-1100m/19km

Il faut passer Valdeblore, puis monter doucement jusqu’au Col de Veillos (1500m de montée, quand même), où il y a foule puisqu’on passe un parking. Nous entamons alors 4 jours d’autonomie totale (c’est-à-dire qu’il nous faut porter la nourriture pour le matin, le midi, et le soir. L’eau, elle, regorge en montagne).

Par contre, le Col du Barn est peu fréquenté et donne accès au magnifique Vallon du Barn. Un vautour passe le col en rasant la crête : nous le voyons à quelques mètres ! C’est vraiment un oiseau imposant. On observe aussi quelques chamois d’assez près.

C’est aussi l’énorme avantage de ce genre de rando : on ne fait jamais demi-tour ! Pas besoin de surveiller sa montre quand le soleil baisse. Enfin, en même temps, il faut quand même avancer si on veut atteindre la mer dans 4 jours… et nous marchons jusqu’à tard pour poser la tente en pleine forêt !

Jour 17 : Vallon du Barn – Madone de Fenestre – +1900m/-1700m/18km

Quittant le vallon du Barn (qui nous aura laissé un très bon souvenir !!), nous passons au dessus du village du Boréon, où nous observons une nouvelle fois les ravages des avalanches de cet hiver. Je me suis un peu renseigné depuis, et ça m’a confirmé que l’hiver 2008/2009 a été particulièrement riche en avalanches monstrueuses dans les Alpes du sud. (voir notamment ici et ici)

Celle qui a fait ça :

… a du charrier environ 5 à 10 mètres d’épaisseur de neige sur 500 mètres de dénivelée. C’est bien simple, nous avons traversé plus d’un hectare de forêt (de la vraie forêt, bien dense, avec de vieux sapins !) …totalement ravagée.

J’ai beau avoir un peu l’habitude, être conscient des dangers de la neige, ne pas sous-estimer, etc… j’étais sans voix. C’est tout simplement effrayant !

Bref, continuons.

La montée vers le Pas des Ladres a tout de la montagne telle qu’on la rêve : forêt variée, rivières à l’eau transparente, lacs verdoyants, fleurs, chamois… c’est rafraichissant (surtout lorsqu’on se baigne Sourire)

Nous descendons vers la Madone de Fenestre. Nous ne manquons pas de faire vivre les commerces locaux en achetant des bières et des tartes à la myrtille… puis, toujours obsédés par les bivouacs, remontons (!) jusqu’à un plateau isolé.

La douche du soir sera particulièrement froide, mais le bain moussant naturel exigeait un plongeon !

Jour 18 : Madone de Fenestre – Refuge des Merveilles – +1200m/-1200m/12km

Cette longue journée sera celle des chamois et bouquetins : plus nombreux que les randonneurs !

L’ambiance, elle, est de nouveau à la haute montagne : finis les herbes hautes, le thym, les chardons, place aux cailloux et à la neige !

Du coup, les sentiers sont moins bien marqués… et nous tombons dans le piège pourtant énorme, en ratant la Baisse du Basto (1h30 de perdu, ça aurait pu être pire). Pour notre défense, le beau bouquetin ci-dessus nous a un peu déconcentrés.

Pour ceux qui s’y lanceraient, il faut simplement éviter le col sur la droite, qui parait pourtant bien tracé (mais 200m trop bas : surveiller l’altimètre !). Pour la baisse du Basto, tracer à peu près tout droit et regarder bien haut : on devine les lacets dans l’éboulis.

Nous atteignons le Refuge des Merveilles sans vraiment avoir « visité » la vallée du même nom par manque de temps. Mais pas besoin d’approcher les peintures rupestres : les paysages sont déjà superbes !

Le bivouac étant malheureusement interdit dans cette zone protégée, nous sommes obligés de planter la tente à proximité du refuge : beau paysage mais grande proximité des tentes…

Jour 19 : Refuge des Merveilles – Sospel – +1900m/-3700m/27km

Petit pincement au cœur ce matin, car nous savons que nous entamons la descente !

Enfin… entendons par là que nous ne remonterons plus à 2500 mètres d’altitude : la montée cumulée de la journée fait quand même environ 600 mètres !

Pour autant, cette étape est beaucoup plus sympa que je ne l’imaginais… les paysages sont encore grandioses (voire, plus que les jours précédents) car la vue se dégage. On passe d’un côté à l’autre de la crête, et on aligne les kilomètres. Et puis, on voit de plus en plus souvent la mer, et ça… c’est émouvant.

L’orage nous suit toute la journée, plus au nord, mais nous épargne : on est heureux d’aller vers la vallée.

Tout au long de la journée, la végétation change : il faut dire qu’on voit du pays !!

On rencontre de plus en plus de fleurs et d’insectes… l’appareil photo chauffe en mode macro.

L’inconvénient, c’est la chaleur : on est en Août, à 500 mètres d’altitude, à même latitude que Nîmes, avec 15kg sur le dos : ça transpire !

La soirée à Sospel est sympa : camping municipal… municipal, disons. Pizzeria très agréable, et accueil général des commerçants vraiment hospitalier.

Jour 20 : Sospel – Menton – +1500m/-1900m/19km

Cette dernière journée est évidement spéciale… mais pour plusieurs raisons.

Pour commencer, nous galérons vraiment pour réserver un hébergement à Menton : oubliez l’approche « on appelle la veille » pour cette ville, il faut anticiper !!

Un gros coup de bol nous permet d’avoir une chambre libre, libérée le matin même, et seulement pour ce soir : ouf ! Dormir n’importe où, oui, mais en nature !

Au milieu de la première montée de la journée : orage ! Il nous menaçait la veille, il passe à l’action aujourd’hui. Heureusement cette fois nous sommes pas trop mal placés et ça passe sans stress.

La suite de la journée sera dans une atmosphère tropicale : chaud et hyper humide.

Le sentier monte, descend, puis remonte, puis redescend… ça sera physique jusqu’au bout !

Par contre, on approche du but :

Au milieu des nuages, nous passons différents cols, mais ne trainons pas : l’orage gronde très fort, au nord, il n’est pas loin. Résultat, nous voilà à l’entrée de Menton vers 16h.

Ou plutôt, sous l’autoroute ! Le retour à la civilisation se fait une fois encore de façon assez brutale, le GR surmontant l’autoroute puis la traversant (dessous 😉

Evidement à ce moment là, les sentiments sont mêlés : satisfaction (yes, we can!), pincement au cœur (c’est fini !), excitation… En tout les cas, c’est un immense plaisir de repenser au chemin parcouru. Une certaine fierté aussi.

Fierté qui est vite relativisée par la rencontre avec… l’inconnu en short. Une sorte de joggueur, fort aimable, nous dépasse en effet et partage avec nous ce plaisir du travail accompli :

– « alors, pour vous aussi, c’est la fin ? »

– « oui, c’est émouvant, n’est-ce pas ? »

Heu, un instant, comment ça « vous aussi » ?? Monsieur, dois-je vous faire remarquer que vous êtes en chaussures de running, moule-cuisses et avec un sac à dos contenant à peine un litre d’eau ?

Et bien oui. Nous venons de croiser notre équivalent « en courant », qui aura effectué le même trajet que nous… en la moitié du temps. Il aura beau nous faire remarquer la différence d’une douzaine de kilos entre son sac et les nôtres, le fait qu’il ne porte pas tout l’équipement de bivouac… nous voilà sacrément remis à nos places, au moment même où nous commencions à bomber le torse : comme ça au moins, on prendra pas la grosse tête.

Nous traversons Menton : la vieille ville est jolie, mais à part ça, ce n’est évidement pas le meilleur souvenir des vacances : du touriste en short partout, une circulation continue, des plages petites et bondées.

Un bon resto, pas mal de Limoncello (ça y est, on est convertis), et toujours cet accueil chaleureux (hotel, restaurant, magasins) : ça, c’est le bon côté de Menton.

Mais surtout, je m’offre une petite baignade dans la Méditerranée, bien méritée. Niveau cadre, ça ne vaut aucun des lacs dans lesquels j’ai mis un point d’honneur à me rincer pendant 21 jours… mais ce côté « fin de pèlerinage » me plait bien.

 

 

Et c’est la fin : we did it!

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2 réponses

  1. Anonyme dit :

    ah ! un récit de pralognan à menton agréable à lire, simple clair pas prétentieux de belles photo.donne envie
    bravo

  2. Olivier dit :

    Merci !
    Il y a deux ans déjà, mais que de souvenirs !
    « Pas prétentieux », tant mieux, et pourtant mes calculs de dénivelées sont assez exagérés 😉
    N’hésite pas à te perdre dans le reste du site, il y a de la lecture !

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