Le très grand canyon

Les deux plus grands canyons du monde se trouvent au Pérou dans la région d’Arequipa : le canyon de Colca, très connu, qui est le deuxième canyon le plus profond du monde et… le canyon de Cotahuasi, le plus profond ! Ce dernier est décrit comme « trop peu touristique » dans notre guide de voyage : alléchant. Sans rien savoir sur lui, sauf que la route est souvent bloquée par des glissements de terrain, nous décidons d’aller l’explorer.

Arequipa la blanche

Nous commençons notre exploration du Pérou par la superbe ville d’Arequipa. Tous les vieux bâtiments sont construits dans du sillar, de la roche volcanique blanche. Il y a des sculptures sur chaque bâtisse et beaucoup de petites cours intérieures dans lesquelles on peut jeter un coup d’œil curieux.

Nous flânons dans les rues tranquillement pour découvrir la ville. Olivier subit alors une attaque au niveau des genoux : une petite blondinette bouclée le saisit et le traite d’ogre. Mais c’est Mahault ! Nous retrouvons le reste de la troupe rencontrée à Copacabana deux semaines plus tôt et nous racontons ce que nous avons fait depuis.

Nous nous retrouvons le soir pour partager quelques verres de pisco sour, la boisson péruvienne préparée à base de pisco (alcool de raisin type grappa), citrons verts et blancs d’oeuf. On change de pays, de boisson mais notre corps a toujours besoin de s’hydrater !

Momies de glace

Nous adorons les montagnes mais les Incas faisaient encore mieux, ils les considéraient comme des dieux. Et quand il y avait de gros problèmes de type tremblement de terre, éruption volcanique, famine… c’était un signe que les dieux étaient mécontents. Dans ces cas extrêmes, ils procédaient alors à un sacrifice humain.

En 1995, le volcan Sabancaya est entré en éruption, faisant fondre les glaciers des montagnes alentour. Une expédition d’archéologues a saisi cette occasion pour aller en haut de l’Ampato et ils y ont trouvé plusieurs momies congelées dont Juanita, particulièrement bien conservée. Issue d’une famille noble, Juanita est partie de Cusco (en 1500 environ) avec une escorte et un prêtre pour marcher plusieurs semaines jusqu’à l’Ampato. En sandales et avec des cordes rudimentaires, sans même une veste en gore-tex, ils atteignirent le sommet, à 6300 mètres où Juanita a été sacrifiée. Les scanners et radios faites d’elles révéleront qu’elle est morte assommée. Tous les objets et offrandes qui accompagnaient son corps étaient également en très bon état : statuettes de lama, d’homme en érection (pour la fertilité), vêtements, bijoux, céramiques. Les motifs en zig-zag représentant la mort, incarnée par le serpent, sont partout. On a aussi retrouvé un statuette de canard qui était un animal vénéré par les Incas car il représente tous les éléments : la terre (il marche), l’air (il vole), l’eau (il nage).

La cape de Juanita était tissée en partie en coton, l’autre partie en laine de vigogne (compter au moins 2000 euros pour un lainage en vigogne aujourd’hui). Cela symbolise les différentes régions de l’empire, à savoir les zones tropicale et montagneuse.

Quand Juanita est en vacances

Pendant la saison creuse, Juanita est étudiée et n’est donc pas visible au musée. On peut alors voir la momie Sajita qui, bien qu’elle soit moins bien conservée, est impressionnante. Toutes les momies (filles ou garçons) qui ont été trouvées en haut de l’Ampato avaient environ douze ans et étaient en position de fœtus. Les enfants étaient offerts vierges aux dieux pour les apaiser. Une exception avec Sajita, âgée de seize ans et assise en lotus, probablement sacrifiée pour demander la fertilité.

Au couvent

La pièce maitresse d’Arequipa est le couvent de Santa Catalina, le plus grand du monde. Construit en 1840 par Maria de Guzman, une riche veuve, son objectif était d’accueillir les jeunes filles riches qui prenaient le voile. La vie y était paisible puisque chaque nonne avait entre une et quatre servantes ainsi qu’une cuisine privée. Les rumeurs sur le couvent furent telles qu’en 1871, Sœur Josefa Cadena, envoyée par le pape, est venue faire le ménage : plus de luxe, plus de servantes, plus de dote !

Ce sont deux tremblements de terre successifs qui ont précipité l’ouverture du couvent au public en 1960 et on peut presque les remercier, car la visite est fantastique.

Nous sommes de vilains curieux et nous rentrons dans toutes les cellules pour essayer d’imaginer la vie que menaient les nonnes. Nous avons adoré le système pour obtenir de l’eau potable inventé avant les filtres à céramique : l’eau est filtrée au goutte à goutte à travers de la roche volcanique.

Au fond du trou

Les sacs sont dans la soute du bus et remplis de nouilles. A peine seize heures de bus, entrecoupées d’arrêts pour dégager la route coupée par les glissements de terrain et nous voilà à Cotahuasi, le point de départ pour notre balade dans le canyon du même nom.

Mais balade vers où ? Pas de chance, nous arrivons le dimanche et l’office de tourisme est fermé. Nous demandons à quelqu’un ce que nous pouvons faire et nous partons donc pour la cascade Sipia, située à une heure de marche du village. Mais il n’est pas facile de quitter le village car les locaux nous en empêchent… nous demandant tous où nous allons, d’où nous venons… Et chacun nous donne un horaire de marche différent, une dame disant même que la señora (Céline) doit prendre un bus parce que c’est trop loin et difficile pour elle. Finalement, un panneau nous permet de trancher : nous avons 17 km à parcourir et nous les ferons à pied !

La promenade se fait en milieu aride, avec quelques champs, des cactus (figuiers de barbarie) et surtout des parois abruptes. Au fond du canyon avec le torrent tonitruant, nous nous sentons tout petits. Au point le plus bas, la rivière plonge entre deux parois rocheuses espacées d’à peine dix mètres : la cascade est tellement étroite que nous n’en voyons pas le fond et nous n’osons pas trop nous approcher car vu les embruns que nous recevons, une chute là dedans risquerait de nous… mouiller !

Le soir, nous cherchons un endroit pour poser la tente. Il doit être plat, sans végétation (trop de cactus pour nos matelas), à l’abri en cas d’orage et pas exposé aux glissements de terrain, bref, un vrai casse-tête.

Une fois installés, nous testons les nouilles au rocoto, le piment péruvien ressemblant à un petit poivron vert. On pourrait croire qu’il est assez doux (normalement le piquant est inversement proportionnel à la taille) mais il n’en est rien car le moindre petit morceau brûle un bon moment !

La route de l’angoisse

Le lendemain nous pensions continuer à nous enfoncer dans le canyon en bus pour aller voir une forêt de cactus. Nous hésitons car la seule « route » que nous voyons est un étroit chemin de terre creusé à flanc d’une falaise de sable. Finalement, nous nous décidons à faire comme les habitants locaux, tout simplement, et montons dans le petit et vieux bus, un des deux seuls véhicules qui circulent ici. La route est très très effrayante, le chauffeur est concentré, la pédale d’accélérateur relevée par un élastique… et une vieille femme se signe avant la partie la plus abrupte. Il est vraiment difficile de se convaincre qu’on ne risque rien, nos estomacs sont noués ! Évidemment, en contrepartie la route est magnifique…

Hector, Sellia et Adrian

Au terminus (de la route !) Hector, un villageois rencontré la veille dans Cotahuasi, nous propose de passer chez lui « la prochaine fois que nous viendrons au Pérou » puisqu’aujourd’hui nous pensions faire demi-tour. Nous lui disons au revoir, puis réfléchissons à la date de notre prochaine visite du Pérou…nous sommes alors pris d’un gros remord et changeons d’avis. Nous empoignons nos sacs, sortons du bus en courant, rattrapons Hector sur un petit sentier. Les meilleures expériences de voyages sont toujours celles qui arrivent par hasard (ou par erreur) et nous en aurons encore la confirmation.

Nous démarrons une heure de marche pour rejoindre sa maison, qui se transforment en deux. Décidément les Péruviens ont du mal pour estimer les durées de marche, probablement parce qu’ils ne portent jamais de montre !

Nous rencontrons sa femme et son fils et découvrons leur cabane d’alpage où ils élèvent des vaches et cultivent de l’avoine et des fruits. Nous passons l’après-midi avec eux qui sont amusés de voir que nous ne savons pas nous occuper des vaches ! Et oui, nous sommes des petits citadins plus efficaces avec un ordinateur ou des pipettes !

Forêt de cactus

Le soir, nous choisissons de les laisser continuer jusqu’à leur village, trois heures plus haut (d’après eux) car il fait chaud et la montée est difficile avec un gros sac. Nous avons bien du mal à quitter cette famille si gentille et généreuse. Avant de partir nous sommes chargés de kilos d’oranges, grenades, figues de barbarie, citrons : il faut négocier pour ne pas trop en accepter ! Plus bas, nous serons encore « obligés » de nous charger de grosses grappes de raisin chez le vieux Adrian qui nous explique qu’il « n’est pas une mauvaise personne » lorsque nous essayons de poliment refuser !

Nous redescendons dans la vallée pour nous baigner dans des sources chaudes et planter la tente au milieu de la forêt de cactus géants. Nous évitons les pierriers car Hector nous a montré les veuves noires qui y habitent en nombre et comme leur morsure est mortelle, nous gardons nos distances.

Le matin en repliant notre tente nous délogeons deux beaux scorpions, probablement attirés par notre chaleur ou souhaitant nicher dans la barbe d’Olivier !

Forêt de pierres

Nous reprenons avec plaisir la route dans l’autre sens (dans un bus plus neuf, mais qui fait son premier jour sur ce trajet !) et nous allons vers le nord, vers une seconde forêt qui n’en est pas vraiment une, puisque c’est une forêt de pierres. Nous posons la tente au dessus du village de Pampamarca, sur le seul re(presque)plat existant. Le lendemain, nous grimpons au milieu des nuages. Sur le chemin nous sommes surpris de trouver des ossements humains dans une ruine (sans doute inca). La vue est fabuleuse et nous donne envie de partir marcher au milieu de ces grandes étendues désertes. Il y a tellement d’endroits à découvrir !

Et le condor passa

Alors que nous méditons sur l’immensité du canyon, des sifflements au dessus de nos têtes nous rappellent à l’ordre : c’est le territoire des condors ! Ils sont quelques uns à planer autour de nous… Un spectacle dont nous ne nous lassons pas.

Nous passons une dernière journée autour de Pampamarca, rencontrant encore quelques villageois très gentils, nous baignant encore dans des sources chaudes. Nous finissons par un bivouac sur un plateau surplombant une impressionnante cascade… encore une !

Encore 16 petites heures de bus et nous refermons cette parenthèse de cinq jours, les plus profonds du monde.

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7 réponses

  1. Fred - le frangin dit :

    Et bien, pour l’angoisse je confirme ! Rien qu’à regarder en tant que spectateur, la vidéo donne des frissons.

    J’aime bien la dernière photo de la cascade de Uskuni, je pense que c’est comme ça qu’il faille photographier les paysages grandioses (puis celui-là!) et encaissés. Un petit bout de ciel pour évaluer la profondeur du paysage, un bout de premier plan pour situer le spectateur et une belle plongée pour accroitre l’idée de profondeur.

    La photo du condor donne envie aussi ! Même s’il semble loin, elle est très belle, les rémiges (merci Wikipedia) sont très nettes !

    Par contre, si vous pensiez nous impressioner avec le pigeon péruvien, ben c’est râté !!!

    [quote]le vieux Adrian qui nous explique qu’il « n’est pas une mauvaise personne » lorsque nous essayons de poliment refuser

    Dur dur ce genre de moment. Pire encore si on doit jeter quelque chose juste après en cachette, petit sentiment de trahison…

    Bises les globes trekkers !

  2. Sandra dit :

    Impressionnant !!
    Je vous félicite encore pour vos magnifiques photos (je dois dire que j’adore le pigeon !)et pour les textes d’une grande qualité comme d’habitude (bravo pour la persévérance).

    Effectivement la route est impressionnante et mon amour du vide aurait eu raison de la promenade !

    Plein de bises à vous deux !

    Je suis déçue de ne pas voir de photos des momies…

  3. Fred - le frangin dit :

    Je suis déçue de ne pas voir de photos des momies…

    Si un jour tu en as l’occasion, essayes de regarder le reportage [url=http://programme-tv.linternaute.com/p1469727-trois-momies-incas/]Trois Momies Incas ce sont les trois momies dont parlent Céline et Olivier. Le reportage est beau, il raconte la découverte, l’histoire et la recherche archéologique qui a suivi leur découverte. Il y a des reconstitutions mais relativement décentes. Les momies sont conservées dans des caissons réfrigérés dont on a le droit de les sortir qu’un temps minime et très rarement juste pour étude, dans un labo de type médical (Céline saurait te dire de quel niveau, moi pas). Elles sont magnifiquement conservées. L’histoire du sacrifice en lui-même fait peur. Ils ont réussis à prouver qu’ils étaient drogués, bourrés et laissés tels quels à mourir de froid dans un trou après avoir marché un bon millier de kilomètres.

  4. Fred - le frangin dit :

    ooops double envoi du message … à supprimer

  5. Jeff dit :

    Ca donne vraiment envie d’y aller ! Va falloir qu’on se planifie quelque chose, mais ce sera pour plus tard… Cette année on va faire un passage en Australie et en France 🙂

  6. Olivier dit :

    Chers blogueurs,

    Merci pour ce récit, c’est vraiment sympa, et vos photos sont très belles. Ça fait rêver de lire tout ça de France, on se sent voyager !

    Par contre je trouve que vous en faites un peu trop sur la veuve noire.

    Je cite Wikipédia :
    [quote]Les cas mortels sont très rares ; les personnes les plus sensibles sont les enfants en bas âge, les personnes âgées, ou ayant des problèmes cardiaques. On ne comptabilise en moyenne qu’un décès pour 200 cas de morsures
    Mais en même temps…
    [quote]Les décès consécutifs à une morsure de veuve noire sont plutôt rares de nos jours, les traitements médicaux s’étant améliorés au fil du temps. Il faut cependant avoir accès à ces soins, ce qui n’est pas le cas dans toutes les parties du monde
    😛
    On compte sur vous pour publier la suite de vos aventures au Pérou, continuez à nous faire voyager !!

  7. Marie Claire dit :

    cool, merci encore pour ces photos! c’est vraiment le délire cette route au bord du canyon, ça donne vraiment des frissons,mais quelle récompense, bravo à vous 😉

    j’aime bien aussi la photo ou on vous voit vous 2 penchés au dessus de la cascade, collés au sol, ça donne vraiment une idée!

    bises à vous 2

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