Tour du Manaslu

La vraie première étape de notre périple est maintenant terminée : un trek de 18 jours autour du Manaslu, un géant de 8156 m dans la région des Annapurnas, à la frontière avec le Tibet. C’était pour nous une première à double titre : la première fois que nous partions dans une grande randonnée organisée avec porteurs, mais aussi une découverte des hautes altitudes… et de leurs méfaits.

Toute une équipe

Le trek commence à Gorkha, au nord-ouest de Katmandou. Nous demarrons à 5 randonneurs (en compagnie de Didier le Français, François et Blanche, deux Suisses) et… 7 porteurs, 1 cuisinier (Basanta) et ses 3 assistants, 1 guide (Babulal) et 1 sherpa (Maila) ! C’est assez impressionnant, voire gênant au début. Il faut dire que le matériel est loin d’être aussi spartiate que pour nos randonnées : des tentes spacieuses, une vraie cuisine ambulante, une tente wc, une tente messe, et encore, nous avions refusé la tente douche, la table et les chaises !

 

Le départ se fait assez bas : 1150m. C’est le royaume des rizières en terrasse, des plantations de maïs et des bananiers. Il y fait aussi très chaud ! Premier campement et premier orage.

Le jour suivant, alors que nous sommes toujours dans la verdure, on aperçoit déjà au loin le Manaslu : il est environ 7000m au-dessus de nous…

Au fil du chemin nous découvrons la vie dans les villages, centrée essentiellement sur l’agriculture et l’élevage, nous croisons des dizaines de porteurs en tout genre : ici, tout se fait à dos (et front) d’homme ! Ça allège un peu notre conscience de faire travailler des porteurs : ce métier n’a pas été inventé pour les touristes.

Les balades sur les chemins reliant les villages sont aussi l’occasion de rencontrer les enfants népalais, quelquefois intéressés par des bonbons ou des stylos, mais le plus souvent ravis de rencontrer des étrangers pour leur crier « namaste » (bonjour) avec enthousiasme : ils sont vraiment adorables.

 

Deuxième campement et deuxième orage. Cette fois c’est plus violent : grêle et tempête de vent qui emporte même deux tentes que nous replanterons. En voici la preuve en images ! (nous nous abritions dans une école)

Les troisième et quatrième jours nous entamons les montées qui nous ferons perdre quelques litres de sueur. Réveil à 5h30 pour profiter du frais et essayer d’arriver au campement avant l’orage qui s’obstine à vouloir frapper en milieu d’après-midi. Les paysages sont toujours superbes et les villages très vivants.

Le yaourt de l’angoisse

Nous goûtons un yaourt directement dans le pâturage : ça sera une épreuve douloureuse. Son goût douteux, ses grumeaux multicolores et l’insistance du berger à nous resservir hantent encore nos papilles. Contre toute attente, nous n’en serons pas malades.

Dans la quatrième journée nous atteignons notre premier col à 2730 m, après 1300 m de montée éprouvants. A cette altitude, point de glaciers, de neige ou de sommets escarpés comme chez nous, mais de superbes rhododendrons fleuris de 5-6m de haut.

Nous redescendons en direction de la vallée de la Burhi Gandaki, pour rejoindre l’itinéraire classique. Au cinquième soir nous croisons pour la première fois d’autres touristes. Le trek du tour du Manaslu est déjà assez isolé (nous verrons 8 autres touristes en 15 jours), la variante depuis Gorkha offre un départ encore plus préservé.

Le sixième jour alors que nous commençons à remonter des gorges, nous apercevons des singes sur la rive opposée. Ils sautent d’arbres en arbres et escaladent la falaise : c’est un endroit vraiment parfait pour les observer !

Après quelques heures de marche dans la vallée qui s’élargit (grandiose !) nous faisons halte à Khorlak Bensi et goûtons un alcool de riz local, le Rakshi. Ici tout le monde en boit à toute heure…. pas exceptionnel selon nos papilles, mais avec un goût fumé car il est distillé sur feu de bois.

Ce soir, au menu c’est pizza, mais pas n’importe laquelle : une pizza à la népalaise ! Pâte torsadée, légumes locaux, fromage de yak. La nourriture, mitonnée tout au long du trek par Basanta et son équipe, sera tout simplement exceptionnelle. Les plats seront tous les jours différents, la plupart du temps délicieux, toujours en grande quantité. On s’attendait aux nouilles chinoises à répétition ou au repas unique Daal Bhaat (le plat typique riz + lentilles), mais de toute évidence on est loin de tout ça quand on a un cuistot dans l’équipe : nous nous sommes régalés ! Par contre, pas d’amaigrissement comme on l’espérait : imaginez qu’en France vous preniez chaque matin, croissants au beurre et pains au chocolat, puis à midi et le soir, vous goûtiez successivement la choucroute, le cassoulet, la fondue ? Malgré l’exercice de la rando, on finit avec plus de kilos qu’au départ !

On continue à remonter la vallée en traversant des paysages très divers : aride puis luxuriant, large vallée puis gorges vertigineuses, c’est superbe !

Prok

L’après midi du septième jour, nous arrivons sur un large plateau recouvert de champs de blé : c’est le village de Prok. L’endroit est magique : perché à environ 2500 m, entouré de pentes herbeuses interminables et balayé par une douce brise. Le village est parsemé de murs de pierres à mani (pierres gravées du mantra bouddhique tibétain « om mani padme hum » ce qui signifie « salut au joyau dans le lotus » – voici pour la petite parenthèse culturelle offerte par le Lonely Planet).

A peine arrivés, nous allons assister à une cérémonie dans un premier monastère bouddhiste. Les lamas qui lisent leurs livres de prière, nous invitent à nous asseoir et nous offrent du Chang, un alcool de céréales. Ils sont assez déconcentrés par les photos que nous prenons et sont hilares lorsqu’ils se voient sur l’écran : ambiance bon enfant ! Ensuite nous filons tous les deux vers un autre monastère plus haut perché. Cette fois les religieux ne sont que trois, il fait très sombre, ils exécutent un rituel compliqué avec musique, offrandes, et Tsampa : la pâte d’orge grillée, très sèche mais très nourrissante. Nous en goûtons pour la première fois, le moment est vraiment magique.

Pour finir, nous rencontrons un jeune du village qui vient de finir ses études à Katmandou : il nous fait visiter sa maison, nous parle de son village, et partage avec nous le thé tibétain : salé et agrémenté de… beurre de yak fermenté. Ce sera un traumatisme pour Céline, Olivier trouve juste ça mauvais. En rentrant au campement nous jouons avec les enfants, tout excités par la présence de touristes.
Cette rencontre avec le quotidien de Prok, traditionnel et pas déformé par le tourisme, sera un des gros coups de cœur du trek.

Une autre époque

Nous découvrons une région qui semble vivre à une autre époque : tout se fait manuellement : les femmes cardent, filent et tissent la laine, moulent le grain dans des moulins à eau, les champs sont labourés avec des yaks (les paysans nous ont invités à essayer mais ils ont vite changé d’avis), nous avons même assisté à la fabrication de grillages ! Dans les villages, la vie est dure : pas d’eau courante, parfois l’électricité mais qui ne fonctionne pas toujours (à Samdo c’est en panne depuis 3 mois), les gens vivent avec poules, chèvres, yaks, buffles. Les maisons sont faites en pierre et en bois, pas étanches. La cuisine se fait au bois ou à la bouse de yak.

Manaslu

La nuit suivante, à Lho : sortie pipi (vous saurez vraiment tout !). Là où il n’y avait que des nuages quelques heures plus tôt, le Manaslu est là, 5000m au-dessus de nous, c’est énorme !

Dans la journée nous grimpons mille mètres plus haut, à Pungen Glacier et le Manaslu reste imposant. Il est entouré de l’Himal Chuli (7893 m), le Ngadi Chuli (7871 m), le North Peak (7154 m). La vue de ce cirque est exceptionnelle.

Altitude

Le 11ème matin, à Sama Gaon (3500 m), Céline se réveille avec un œdème au visage : c’est le mal aigu des montagnes (MAM). Seul remède : boire beaucoup d’eau et se reposer. Nous montons alors à Samdo, 3800 m, pour y passer 2 jours d’acclimatation à l’altitude. Altitude qui se fait toujours sentir pour Céline : perte d’appétit, maux de tête et gonflements persistants. Olivier est fatigué, un peu nauséeux. Nous profitons donc peu de Samdo, qui est pourtant un endroit magnifique où s’acclimater : très pittoresque, habité de Tibétains très chaleureux (un col -interdit- relie le Tibet en quelques heures) et entouré de sommets impressionnants.

Le 13 ème jour est une étape de seulement 3 heures, essoufflantes à cette altitude. Nous croisons des marmottes de l’Himalaya, rousses et plus dodues que chez nous et des « moutons bleus », espèce de chamois au pelage de mouton.

Pour la première fois, nous campons loin d’un village… pour la bonne raison qu’il n’y en a plus à cette altitude. Nous bivouaquons donc près d’une cabane à 4200 m. L’endroit est fréquenté uniquement par les trekkeurs et pourtant il est bien plus sale que les villages, qui eux-mêmes ont déjà de nombreuses décharges sauvages… malaise.

Larkya La

La nuit est courte pour limiter le MAM et démarrer très tôt l’étape du col. Départ à la frontale, à 4h30 du matin. En chemin, nous voyons les lumières des expéditions qui tentent l’ascension du Manaslu. Le sommet est très difficile, deux Coréens ont été emportés par une avalanche quelques jours plus tôt.

Olivier, qui résistait héroïquement au MAM, commence à avoir de fortes nausées à 4500 m. Pour tous les deux, la montée se fait de toute façon très doucement : même à une vitesse d’escargot, on s’essouffle !

Le col apparaît enfin, reconnaissable à ses drapeaux de prière bouddhistes. Par mauvais temps, son franchissement est réputé délicat. Babulal a même prévu une corde mais aujourd’hui, il fait grand beau, pas un souffle, pas de neige : la vue est magnifique. Nous atteignons le col de Larkya La vers 8h, crevés, mais ravis !

La descente se fait tranquillou malgré quelques plaques de glace. Comme prévu, le mal de tête s’estompe petit à petit. On aperçoit les sommets du massif des Annapurnas et trois énormes glaciers qui convergent. Camping au pied d’une immense moraine.

Le jour suivant nous descendons dans une forêt féerique : sapins, lichens guirlande, mousses et surtout rhododendrons fleuris et pour le plus grand plaisir de Céline, des biquettes à poils longs.

Un peu plus tard, de vraies plantes carnivores de type néphentes (pour les connaisseurs). Nous constatons avec Didier la différence entre la fleur qui attire et celle qui digère : l’une sent le parfum, l’autre la viande avariée : Didier avait senti la mauvaise !

Le 16ème jour l’itinéraire rejoint le tour des Annapurnas (en sens inverse). Le contraste est frappant : c’est toujours très beau mais avec beaucoup plus de lodges et de publicités. Nous croisons des dizaines de touristes, pourtant il parait que la fréquentation a baissé d’un tiers depuis un an et la construction d’une route. Le chantier est titanesque et explosif ! Des centaines d’hommes attaquent la montagne à coup de dynamite et de marteaux. Nous en ferons les frais lors du passage le plus dangereux du trek ! Quinze mètres de vide et un passage foireux au milieu de la roche fraîchement explosée.

Le summum reste la traversée de la passerelle « à niveaux » : en face des ouvriers évacuent d’énormes blocs sur le chemin, de l’autre côté de la passerelle, un gamin siffle et place un drapeau rouge pour prévenir de l’arrivée d’un randonneur. Évidement, pas d’accusé de réception : quand nous sommes à mi-chemin sur la passerelle, on voit encore tomber des rochers devant nous et il faut un rappel pour éviter l’écrabouillement…

Bandh

La fin du trek sera assez inattendue : les deux derniers jours offrent peu d’intérêt et nous les expédions rapidement car nous allons avoir du mal à rentrer sur Katmandou : le pays est paralysé par une grève maoïste (bandh) qui bloque les routes et les magasins. Seuls quelques bus pour touristes arrivent à circuler. Didier, François et Blanche pourront partir de Bhulbhule (ils rencontreront de nombreux barrages routiers) tandis que nous attendrons 2 jours à Besi Sahar, contraints mais finalement contents de partager ce quotidien avec l’équipe du trek. Partie de foot avec les gamins du village, soirée daal bhaat mangé avec les doigts et rakshi, c’est chouette.

Au matin du 20ème jour, Babulal nous réveille en sursaut : il a trouvé un minibus qui va tenter de nous ramener à Katmandou (à la base nous voulions aller à Pokhara à l’issue du trek). Le retour se fait finalement sans encombre et surtout nous sommes seuls sur la route : surréaliste ! La grève prendra fin le surlendemain, après 6 jours de blocage total et de manifestations heureusement pas trop violentes (3 morts quand même !).

En bref nous avons adoré ce trek : l’équipe était très attentionnée, la cuisine super, nous étions un petit groupe sympa et l’itinéraire nous paraît exceptionnel. On profite d’un confort inédit en randonnée et d’un décryptage de ce qu’on voit, depuis le nom des sommets jusqu’à la traduction des thangkas, ces peintures religieuses tibétaines. Nous avons sans doute découvert ce type de treks dans les meilleures conditions.

Pour autant, un trek guidé impose quelques contraintes : on ne choisit pas le rythme, l’itinéraire, le campement et les pauses. Nous restons attachés à la randonnée indépendante, plus rudimentaire, plus libre.

Vous aimerez aussi...

14 réponses

  1. Fred - le frangin dit :

    Bravo pour avoir pris le temps de mettre en ligne le récit votre aventure aussi vite. D’autant plus que les conditions de rédaction et de mise en ligne ne doivent pas être évidentes du tout. On la sent rédigée à deux. On s’y croirait un court instant, jusqu’au moment où vous nous rendez évident que ce n’était vraiment pas de tout repos et que les centaines de randos faites avant semblent totalement indispensables pour s’attaquer à un Trek de cette envergure.

    Je suis vraiment content que tout ce soit à peu près bien passé, voir même mieux que prévu parfois. Je pense à vous souvent, prenez soin de vous et donnez nous des nouvelles de la suite de votre parcours dés que possible !

  2. Sandra dit :

    Je vous le dis même oedémiés, barbu (surtout pour Olivier) et avec plusieurs kilos en plus vous êtes toujours aussi beau !!
    Ça fait plaisir de mettre des images sur les récits !
    Je dois reconnaître (un peu à contre cœur) que les photos sont belles !! Merci pour toutes les plantes, je suis ravie !Un seul détail c’est népenthès (pas de bol instit qui adore les plantes !!)
    Encore plein de bises à vous deux

  3. Danielle dit :

    WWAOUUUUU, les belles photos ! Mais je partage l’avis d’un de vos fans, « il faut arrêter les photos-puces » ! Quelle déception quand on tente d’agrandir une photo pour mieux en profiter. Mais beau travail, surtout quand on sait la difficulté de travailler à son blog dans des conditions informatiques un peu précaires !
    Heureusement que je ne vois qu’aujourd’hui le « pont » que vous avez emprunté…et non pas AVANT que vous y passiez. Le récit intéressant, les photos magnifiques donnent l’envie d’ aller faire un petit tour au Népal.
    Nous sommes bien contents de vous voir sur quelques photos, et avec Skype la distance s’estompe un peu. A l’heure où j’écris, vous êtes dans l’avion pour Jakarta… A demain pour des nouvelles fraîches. Bises à tous les deux.
    Mam’ (qui n’entretient pas de lien avec le MAM )

  4. Filipe dit :

    Salut les voyageurs des cimes !
    Je me suis senti pendant qq instants avec vous dans vos marches. merci bien, ca m`a fait demarrer ma journee de la meilleur des facons.
    Bonne route

  5. Virgile dit :

    C’est un plaisir de lire vos aventures. Ca a du être un trek magnifique ! Et bon courage avec les expériences culinaires…

  6. François dit :

    Bravo a vous deux. Les photos sont vraiment sympa!

  7. Ridha dit :

    Salut les amoureux
    Ca me rappelle le tour des Annapurnas que j’ai fait. Tout seul et moi je mangeais du dal bat tous les jours ! Effectivement depuis que la route arrive le tour a moins d’interet.
    A bientôt pour de nouvelles aventures
    ridha

  8. Cécile dit :

    ouah !
    merci pour ces moments d’évasion ! j’espère que vous pourrez alimenter votre blog régulièrement pour nous faire rêver et pour suivre votre périple…
    je suis impatiente d’avoir votre sentiment sur l’indonésie !

    gros gros bisous et profitez à fond

    cécile

  9. Gael dit :

    Super ce site, je commençais à désespérer de rien voir et en fait si. Tres dépaysant bravo à tous.
    De notre coté, notre de théâtre, On vient de faire un traek de 2 jour dans les jardins de la maison de TS à faïence. C’était super, j’ai vu olivier continuellement à demi a poil, comme toujours, mais cette fois je me suis retenu de dormir avec lui.

  10. Frédéric dit :

    Hello les marcheurs,

    Les photos sont magnifiques et les paysages donnent vraiment envie… ensuite, on se rappelle des aspects « randonnée » et cela semble un peu plus inaccessible.

    Sinon, j’ai adoré le pont en bois !!

    Bon courage pour la suite

  11. Marie Claire dit :

    Merci pour ce récit, ces photos! superbe. Nous partageons ainsi un peu plus vos impressions et c’est avec grand plaisir 😉 Je pense que vous avez fait un très bon choix de choisir une région moins fréquentée, le contact avec la population ne pouvant être que meilleur. J’aime beaucoup les photos de la vie au village de Prok, et le Manaslu est magnifique.

    ah ah, le thé tibétain, je m’en rappelle moi aussi c’est effectivement quelque chose 😉 !!!

    continuez bien sur votre lancée, avec la forme que vous devez avoir maintenant, vous allez pouvoir croquer les volcans indonésiens en quelques bouchées 😉
    bises

    Marie-Claire

  12. Tof dit :

    Un Super récit et une magnifique « balade » … merci pour le partage 🙂

  13. Tule dit :

    supér votre website …..j’aime bien et beau photo des tour de manaslu merci aurevoire tule gurung

  14. Olivier dit :

    supér votre website …..j’aime bien et beau photo des tour de manaslu merci aurevoire tule gurung

    Merci aux Népalais de nous avoir accueilli dans leur magnifique pays 🙂

Laisser un commentaire