Le grand bassin

Voilà maintenant plus d’un mois que nous sommes en Bolivie et que nous nous essoufflons sur l’Altiplano à plus de 3000 mètres d’altitude. Pourtant, l’Altiplano représente moins d’un tiers de la surface du pays !
Nous sommes donc descendus dans le bassin amazonien pour découvrir la face verdoyante de la Bolivie.

La route la plus crevante du monde

La route qui relie La Paz aux Yungas s’est longtemps vantée d’être « la plus dangereuse du monde », car ses 75 premiers kilomètres faisaient chaque année entre 200 et 300 morts ! Depuis, une nouvelle route plus sûre a été construite et le nouveau record est détenu par une route tibétaine. Aujourd’hui,  la route « la plus dangeureuse du monde » est surtout fréquentée par des centaines de cyclistes amateurs de sensations fortes et précipices.

Pour descendre (en bus) vers Coroico, notre première étape, nous empruntons la nouvelle route qui est superbe. Au fil de la descente, nous passons d’un paysage de cailloux regorgeant de cascades à des pentes vertes et boisées. La transition est rapide et impressionnante.

Après une petite journée à Coroico, nous prenons le bus qui en seulement seize heures doit nous amener à Rurrenabaque. Le voyage est épuisant car il associe deux paramètres qui optimisent l’inconfort :

– un bus pourri, avec des sièges qui s’inclinent d’environ 5° espacés les uns des autres de 30 centimètres, des amortisseurs agonisant…

– une route, qui quand elle ne tourne pas, présente de la boue et/ou des bosses. Les trois conditions étant le plus souvent associées.

La route longe souvent des précipices de plusieurs centaines de mètres qui offrent des vues imprenables sur la rivière qui coule en bas. Pour nous mettre tout de suite en condition, après seulement trente minutes de route, le bus s’arrête et on nous demande de descendre. Le chauffeur doit passer un passage délicat car très boueux, sinueux, étroit et précipiceux. Nous ne savons pas trop s’il nous demande de descendre pour limiter l’embourbement ou au cas où le bus quitte la route…

Le plus incroyable, c’est que sur cette route le bus doit rouler à gauche (alors que dans le reste du pays on roule à droite), pour permettre au chauffeur de serrer au plus juste le bord de la route lors des croisements.  Ainsi, la plupart de la descente se fait côté précipice !

Au final, nous arrivons crevés mais vivants à Rurrenabaque, heureux que cette aventure soit terminée !

Festival de canne

Quelques heures à peine après notre arrivée, nous partons pour quatre jours de promenade dans la jungle, rien que nous deux avec notre guide, Ignacio. Nous embarquons sur un bateau à moteur qui remonte le rio Beni et nous dépose au bord d’une petite ferme productrice de cannes à sucre. Nous ramassons quelques cannes, puis les introduisons entre les rouleaux en bois d’un pressoir. Les rouleaux sont ensuite actionnés par un axe poussé par des travailleurs forcés (nous). Le jus est filtré et immédiatement bu. Avec quelques gouttes de citron, c’est un vrai délice et nous en buvons plusieurs tutumas (calebasse).

Le caca descend du singe

Observer des animaux dans la jungle se mérite : ils nous sentent arriver de loin et s’enfuient avant même qu’on ait soupçonné leur présence. Quand par miracle, ils ne nous ont pas entendu approcher, il faut réussir à les voir entre les feuilles et les lianes ou au sommet des arbres, en plein contre-jour. En plus, nous sommes dans la saison des pluies et quand il pleut les animaux sont comme nous, ils restent tranquilles à la maison. C’est donc un vrai défi de voir des bêtes !

Heureusement, notre guide connaît bien les lieux et leurs habitants : un petit bruit et il détecte immédiatement la présence d’un groupe de singes hurleurs. Nous nous enfonçons entre les arbres pour les approcher, ce qui n’a pas l’air de beaucoup leur plaire puisqu’ils se mettent à hurler. Une pluie très localisée s’abat alors sur nous, suivie par des chutes de substances semi-solides : une vraie mise en garde ! Face à de telles armes chimiques, nous n’avons qu’une option :

le repli immédiat.

Plus tard nous partons sur la piste d’une horde de cochons sauvages, relativement faciles à suivre rien qu’à l’odeur. Quand ils commencent à fuir, nous courrons le plus silencieusement possible pour croiser leur chemin et finalement nous voyons une trentaine de cochons galopant avec leurs petits. Nos narines sont secouées, mais nous sommes ravis.

Insectes

Certains animaux, beaucoup plus petits, sont plus faciles à voir : en ouvrant un peu l’œil, on peut presque voir un insecte sur chaque tronc ou feuille. La variété de couleur, forme, taille est impressionnante. Voici un aperçu des bébêtes que nous avons vues :

Il y a aussi de « belles » araignées qui sortent la nuit. Pour son plus grand malheur, Céline avait remarqué plusieurs mois plus tôt que leurs yeux reflètent la lumière de la lampe : horreur, dans la jungle, le sol est comme une nuit étoilée !

Microcosmos et macro-dégâts

Le deuxième jour nous nous enfonçons dans la jungle pour camper sous la moustiquaire. Le camp, avec abri pour la cuisine, la table et les moustiquaires est au milieu des arbres en bordure d’un petit ruisseau. C’est impeccable, sans un seul détritus et avec des toilettes sèches. Le soir, Ignacio cuisine au feu de bois de la viande séchée avec du riz et des légumes. Étonnamment, il n’y a pas de moustique et l’ambiance est vraiment détendante.

En allant nous coucher, nous croisons les chaussures de Céline qui sont en train d’être découpées par plusieurs centaines de fourmis aux mandibules aiguisés. Nous essayons de les chasser, mais les bêtes sont telles des pitbulls sanguinaires : une fois qu’elles ont mordu leur proie, elles ne la lâchent plus, même après la mort ! Nous finissons par les chasser, mais la fourmilière n’est pas très loin et nous craignons un deuxième assaut qui pourrait avoir des conséquences terrifiantes, oui, terrifiantes. En effet, Ignacio nous explique qu’un jour, il avait installé sous la moustiquaire un ami profondément assommé par l’alcool (ce qui n’est pas notre cas, heureusement). Quand il est revenu le chercher quelques heures plus tard, il dormait encore, nu comme un ver et sans moustiquaire, les fourmis s’étant chargé de le déshabiller.

Pour sécuriser notre zone de sommeil, nous balayons donc le sol, nous éliminons quelques fourmis et nous ajoutons de la cendre sur la fourmilière pour que leur attention soit focalisée sur leur nid plutôt que sur nos vêtements. Mais pendant que nous dormons, Olivier est victime d’une attaque kamikaze : une fourmi isolée lui mord l’orteil, transperçant de ses mandibules affutés la moustiquaire et le sac à viande. Heureusement la blessure est superficielle et nous n’avons pas à amputer le pied à la machette…

La terre nourricière

Finalement on se promène presque plus dans la jungle pour l’ambiance que pour voir des animaux. Il y a des petits bruits partout, il fait humide et chaud donc les plantes poussent ou pourrissent à une vitesse incroyable, on vérifie bien où l’on met ses pieds et ses mains dans cet univers hostile à l’homme. Heureusement, tout n’est pas dangereux pour qui s’y connait (Ignacio, pas nous) et nous avons la chance de gouter plein de fruits : des lucumas ou fruits du tapir, des pata de miche, des hisigos, des trestapas et des motacus et franchement, ils sont tous bons.

Et pour étancher une petite soif, il y a les lianes uña de gato (griffes de chat, d’après la forme des ramifications) qui une fois coupées donnent de l’eau, sans goût particulier, mais propre. Il parait même que c’est anti-inflammatoire.

Attente sous la pluie

Heureusement qu’il y a des abris dans le camp car ici, quand il pleut, il pleut ! En plus Ignacio est malade (peut-être parce qu’il boit l’eau des ruisseaux) et nous sommes bloqués au camp. Heureusement, il nous propose une activité manuelle et futile : la fabrication de bagues à partir de graines de chonta ramassées dans la jungle. La première étape consiste à scier deux morceaux de la graine pour garder la partie centrale ronde. Au milieu, il y a un fruit blanc, au goût de noix de coco, pas mauvais, mais très sec. Le travail de joaillerie consiste alors à poncer la graine avec du papier de verre de plus en plus fin. Pour une finition parfaitement brillante, il faut lustrer la bague avec de la cendre. Le résultat est vraiment joli et dans nos sacs sommeillent une vingtaine d’autres graines prêtes à être transformées…

Mirador

Le clou de la balade dans la jungle est la visite du « mirador », au sommet d’une falaise d’où l’on observe des perroquets en vol. Ignacio nous explique « qu’en saison sèche, on peut vraiment en voir des dizaines en même temps, c’est incroyable ». Merci pour l’information, mais ce jour-ci, il pleut des cordes et il n’y a personne. Après un peu d’attente, nous finissons quand même par voir quatre ou cinq perroquets s’envoler au dessus de la forêt, c’est un spectacle superbe ! Ce n’était pas très malin de nous décrire ce que nous manquons… Nous descendons ensuite et découvrons leurs nids directement creusés dans la falaise de terre !

En rade de radeau

Normalement, nous devions rentrer au camp de base sur un radeau que nous aurions nous-même fabriqué, mais le fleuve est tellement tumultueux à cause des fortes pluies que nous devons abandonner cette séduisante idée. La solution de repli, qui est de prendre un bateau à moteur, tombe aussi à l’eau car il est déjà parti sans nous attendre. Et oui, en Bolivie, rien ne se passe exactement comme prévu. Nous n’avons plus qu’à rejoindre le camp à pied, que nous atteignons quand la nuit tombe, après trois heures de marche. Une journée bien fatiguante. Le lendemain, nous ne pouvons malheureusement pas enchainer sur une promenade dans la pampa à cause d’un problème d’organisation. Nous passons donc une journée dans la ville de Rurrenabaque.

Pampa

Pampa signifie plaine et pendant la saison des pluies, elle est pleine d’eau. On s’y déplace donc en bateau. Un tour dans la pampa, c’est l’activité pour « touristes de base » : les animaux sont faciles à observer, sans effort depuis le bateau. Tant mieux ! Nous partons en groupe cette fois avec trois Coréens qui passent leur temps à fumer et pas que des cigarettes (ils ne sortiront pas souvent des hamacs du camp), trois Chiliennes hystériques qui crient « Ah, que liiiindooooo » (Que c’est beau) chaque fois qu’on voit un animal et un Chilien tranquille. On aurait pu mieux tomber, sauf pour notre guide, Negro, qui fait preuve d’une motivation et d’une attention peu communes. Negro est un surnom assez fréquent donné aux personnes qui ont la peau mate. S’il avait eu les yeux un peu plissés, il se serait fait appeler Chino, comme notre précédent guide Ignacio. Ici on ne s’embête pas avec les surnoms !

Nous embarquons à bord du bateau et naviguons sur la rivière : le paysage qui défile avec un léger vent et le ronronnement du moteur sont soporifiques mais la recherche d’animaux nous tient éveillés. Nous sommes gâtés : tortues, toucans, haningas, cormorans, singes… sont au rendez-vous.

Il y a même beaucoup d’hoazins, les oiseaux les plus « anciens » encore existant. Leurs petits ont des griffes sur les ailes pour pouvoir grimper dans le nid et les adultes abritent dans leur estomac des bactéries qui leur permettent de ruminer, comme les vaches !

Pour ne rien gâcher, ils sont élégants.

Quand nous arrivons à notre camp, un bel arbre surplombe la rivière, un plongeoir irrésistible pour Olivier. Info prise auprès de Negro, la rivière est baignable pendant la saison des pluies car les caïmans et piranhas sont « dilués ». Olivier se jette donc plusieurs fois dans l’eau. Le lendemain matin, juste sous l’arbre, se prélasse un joli caïman d’une bonne cinquantaine de kilos ! Heureusement pour Olivier, il devait surveiller sa ligne à l’approche de la saison sèche.

A la recherche du dauphin rose

Le lendemain matin, il pleut des cordes. Nous nous contentons donc d’aller vers une plate-forme d’observation pour voir des dauphins roses qui nous attendent ! Contrairement à des dauphins de mer, ils ne font pas de grands sauts, mais sortent de l’eau juste ce qu’il faut pour respirer. Nous en voyons beaucoup, nous les entendons respirer, mais n’arrivons jamais à bien les voir et les prendre en photo, les coquins !

Nous voyons aussi un aigle capturer un serpent, le secouer pour le tuer et le gober.

Le soir, la pluie se calme et Negro nous emmène chercher des caïmans dans la nuit, faciles à repérer à leurs yeux qui reflètent la lumière des lampes. Pour que nous puissions profiter des bruits de la nuit, il éteint le moteur et déplace le bateau à la rame. L’ambiance est magique et nous profitons de tous les sons de la pampa.

Le radeau de la fourmi

Nous observons un phénomène étrange : une boule de plusieurs centaines de fourmis se déplace sur des feuilles flottant sur l’eau. Elles ont dû fuir leur fourmilière inondée et utiliser l’embarcation qui se présentait. Mais arriveront-elles quelque part ?

Même si nous voyons beaucoup d’animaux, nous sommes frustrés car les anacondas ne sont pas observables pendant la saison des pluies. Les effectifs de ces serpents baissent dans la pampa car des idiots de touristes qui veulent prendre la photo « Moi et l’anaconda » les empoisonnent avec leurs mains enduites d’anti-moustique.

Voler, c’est bien !

Pour le retour à la capitale, afin d’augmenter considérablement notre espérance de vie, nous décidons de ne pas rouler, mais de voler. Et franchement, nous ne le regrettons pas, car au lieu de 20 heures inconfortables de bus, nous passons 40 minutes dans l’avion. Cerise sur le gâteau, nous avons droit une vue superbe sur le Huyana Potosi et ses glaciers.

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3 réponses

  1. Danielle dit :

    C’est très étrange de recevoir et lire un de vos articles alors que vous êtes déjà revenus à la civilisation.
    En tout cas, superbes photos toujours, et article très instructif.
    Les articles me manqueront lorsque le tout dernier aura été publié. Vous allez être obligés de repartir pour satisfaire les « accros » de votre blog.

  2. Fred - le frangin dit :

    Quels magnifiques oiseaux que les Hoazins, la photo des 3 réunis est collector, très jolie et très nette malgré le mouvement des volatiles !

    L’ensemble du trek a quand-même du être bien éprouvant. Quand je vois les 10 centimètres de flotte du chemin qui vous ramène à Rurrenabaque. Le pont de singette qui devait bien sûr être encore plus glissant qu’il n’en a l’air… enfin quand je vois la beauté des images que vous en ramenez, je suppose que ça doit être sans regret.

    On attend les prochains les trek-globbers !

  3. Sandra dit :

    Contente de retrouver vos aventures….
    Ravie de revoir des fourmis sanguinaires, vous ne les regarderez jamais plus de la même façon…Vous avez bien vérifié vos bagages au moins ?
    A part ça encore bravo pour les belles photos et les commentaires qui sont toujours aussi intéressants et agréables à lire.
    Olivier ton pêcher mignon devient dangereux quand même !! L’abonnement à la piscine est envisageable, non ?
    Merci encore pour cette bulle dans tour du monde dans notre monde de brute !

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