Le cycle de l’eau

L’eau s’évapore, forme des nuages qui donnent de la pluie ou de la neige. Cette eau qui retourne à la terre s’accumule en rivières qui se jettent dans la mer. Puis le cycle continue. Nous avons tous appris ça.
Mais rien ne vaut les travaux pratiques, alors direction l’île de la Tasmanie !

Launceston


Notre visite de la Tasmanie débute par un agréable séjour à Launceston, au nord de l’île. C’est une petite ville mais par chance nous avons droit au « festival des arts » avec des spectacles assez déjantés et une journée d’exposition de voitures de collection rutillantes.

Overland trac

Mais nous avions un objectif en allant en Tasmanie : « faire » l’Overland Track. Une rando qui relie Craddle Mountain au nord, à Lake Saint Clair au sud. Au programme : 6 à 8 jours d’isolement, de la lande, des marais, des rivières, des lacs, un peu de montagne, mais des refuges le long du chemin. Bref, un trek sur lequel nous avions flashé avant même de quitter la France.

Seulement, nous savons que c’est un peu plus compliqué en hiver et avant d’arriver à Craddle Mountain on nous apprend « qu’il n’a pas neigé autant depuis quinze ans ».

Alors sur place, direction la cabane de rangers, forcément.
– « Nous voulons commencer l’Overland Track »
– « Vous avez des raquettes ? »
– « Non »
– « Vous êtes fous ?! »
– « Heu… »

On nous conseille plutôt de viser un premier refuge à 3 h du départ et d’aviser ensuite. Nous démarrons donc quand même le « track », chargés de 9 jours de nourriture et de la tente. Rapidement nous trouvons la neige, mais il fait beau et nous sommes contents d’y être, peut-être pourrons nous le faire en un peu plus de temps ?

En fait, non : neige épaisse sur terrain boueux gorgée d’eau + arbres couchés = progression ultra lente !

Nous n’arrivons même pas au refuge prévu le premier jour. Nous passons la nuit dans une « hutte de secours », sorte de cabane en bois vaguement isolée du vent. Il nous faut admettre que l’Overland Track sera pour une autre fois. Nous décidons de faire une boucle de quatre jours seulement.

Le lendemain nous atteignons le fameux refuge de Scott Kilver après plus de trois heures à lutter dans la neige jusqu’à la taille, au lieu d’une heure prévue.

Pour la peine, nous n’allons pas plus loin et profitons du poêle à bois pour nous sécher (à défaut de sécher nos vêtements).

Man and woman versus wild

Le troisième jour nous ne marcherons que six heures… mais ce sera une des journées les plus éprouvantes de notre tour du monde. Nous commençons par deux heures de montée dans un sentier transformé en ruisseau dans lequel la neige s’est accumulée largement à hauteur de la taille.
Une bonne mise en jambe.

Arrivés sur une crête… la pluie ! Elle ne nous lâchera pas de la journée, parfois en grêle, parfois en neige.

Et pour couronner le tout, pour la longue traversée qui suit, nous avons le vent de face ! Il ne fait pas extrêmement froid mais quand on est trempé et que le vent souffle, ça devient dur. Ce qui nous empêche de nous congeler sur place, c’est de lutter à chaque pas dans la neige profonde…

Bref, c’est très dur.
Alors nous sommes bien contents d’arriver à « Kitchen Hut », une autre hutte de secours. Même si c’est assez sale, peu isolé, trempé et entouré de neige : au moins ça isole du vent ! Cette troisième journée aura été une aventure, mais pas vraiment un plaisir…

Wombats mobiles

Dernier jour et retour vers Craddle Mountain. Le temps se découvre. Nous descendons en altitude, la neige se fait plus rare.

Et c’est superbe ! Les paysages sont aussi beaux qu’on l’espérait, c’est assez alpin mais avec de la végétation surprenante : pandanus sous la neige, eucalyptus et button grass (grosses touffes d’herbe dont les racines colorent les rivières en marron foncé).

C’est peuplé de wombats. Ils sont toujours aussi tranquilles, broutant les button grass sans s’inquiéter des randonneurs. Quel contraste avec la veille !

On regretterait presque d’avoir fait demi-tour et puis… et puis en fait, non, on ne regrette pas. C’était l’enfer là haut !

Diabolique

A Craddle Mountain nous visitons une « réserve » où sont élevés des diables de Tasmanie. Cet animal méconnu, symbole de l’île, est en voie d’extinction, victime d’un cancer de la face. Et c’est bien triste car même s’il sent très fort, il est assez mignon ! Il fait partie des rares marsupiaux carnivores.

La même chose, s’il vous plait

Un peu refroidis par l’expérience de l’Overland Track, nous descendons au sud de l’île pour une rando au bord de la mer : au moins il ne devrait pas neiger ! Objectif : une partie du « Tasman Trail » qui longe la côte est de la petite péninsule de Tasman.

Premier jour : superbe balade d’abord dans le sable de la plage d’Eaglehawk Neck, puis dans une forêt d’eucalyptus, surplombant d’immenses falaises. Ça change et c’est grandiose. Par contre, il n’y a pas foule : nous plantons la tente en plein milieu du chemin.

Le lendemain par contre, comme prévu, il pleut. Après quelques heures à espérer que ça se calme, nous nous décidons à repartir et découvrons les falaises sous le brouillard : ambiance mystérieuse, ça valait quand même le coup de se bouger !

Et au milieu coule une rivière

Le chemin est plutôt bon, mais nous tombons sur une rivière qui de toute évidence n’est pas censée être aussi profonde ni aussi boueuse en temps normal. Qu’à cela ne tienne, nous tombons le bas et traversons pour planter la tente à Bivouak Bay, la bien nommée.

Troisième jour : pluie.
Mais, comme il a aussi plu toute la nuit, la rivière a monté ! Cette fois ça devient délicat à traverser sans, au minimum, trébucher avec nos sacs sur le dos et tremper toutes nos affaires… ça craint !

De plus les sangsues nous menacent à travers la toile de tente -nous en découvrirons quelques unes sur nos pieds. Mais surtout nous n’avons plus d’eau : un comble ! Il y a des rivières partout mais l’eau est jaune et fait une énorme mousse blanche. A priori, rien de radioactif, il s’agit des button grass* qui colorent l’eau avec leurs racines. Mais c’est peu ragoûtant !

Heureusement à Fortescue Bay, au sud, il y a un camping, normalement de l’eau potable et peut être même des gens qui nous prendraient en stop ? Et puis qui sait, au camping ils auront peut être une supérette avec des bières et des glaces ? Ouais !

Plein d’espérance, Olivier se motive à aller voir. Après presque deux heures de marche sur un chemin bien imbibé, il arrive dans Fortescue Bay et… bute sur une nouvelle rivière infranchissable, à 50 mètres du camping (qui de toute façon ressemble à une cabane déserte).
Soupir.

Retour à la case départ donc, nous décidons de recamper au même endroit, toujours sous la pluie. Nous faisons bouillir l’eau jaunâtre, qui n’a aucun goût particulier et laisse nos estomacs indemnes. La nuit nous sommes réveillés par un opossum qui rentre carrément sous la tente… il n’emportera que quelques bouts de pain.

Finalement, l’attente s’avère payante car le lendemain la rivière est descendue d’une vingtaine de centimètres et nous pouvons prendre le chemin du retour !

Vaguement joli

Nous retrouvons les falaises du premier jour : Waterfall Bay, Devil’s Kitchen, Tasman Arch. Mais cette fois une très forte houle vient bruyament se fracasser sur les rochers, cent mètres sous nos pieds. Le spectacle est vraiment impressionant ! Nous apprendrons plus tard que ces vagues exceptionnelles seraient** dues au tremblement de terre de Christchurch en Nouvelle Zélande.

Heureusement qu’il n’y a pas eu de véritable tsunami, car à ce moment là nous campions au bord de l’eau, à une journée de marche de la route…
Diabolique, cette Tasmanie !

* voir épisodes précédents
** Christchurch se situe à l’est de la Nouvelle Zélande et la Tasmanie est à l’ouest de celle-ci. Nous sommes donc un peu dubitatifs… mais nous n’avons pas pu vérifier.

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6 réponses

  1. Quelle explosion de photos magnifiques sur ce billet ! Céline, c’est moi ou tu prends un peu plus de photos qu’auparavant ? On voit plus souvent Olivier sur les photos.

    Bon, j’étais plus ou moins au courant de vos déboires avec la météo en Tasmanie, mais là le temps de la lecture on se sent vraiment avec vous. Soyons franc, ça donne pas du tout envie, quel courage !!!

    Je reconnais bien Céline, les pieds dans l’eau glacée, la neige jusqu’au nombril, mais encore capable d’en rire !

    Je ne peux que souhaiter que le temps soit meilleur pour la suite de vos aventures.

  2. Avatar Sandra dit :

    Comment dire ? BRAVO !!
    Quel courage dites-moi !!
    Je suis vraiment impressionnée !
    Je suis sûre que vous auriez aimé tomber sur la « conservation hut » pour prendre un délicieux repas, un chocolat chaud, un café et ainsi pouvoir faire une pause agréable !!!!
    Je reconnais bien Olivier « glace et bière », non mais seul un vrai bouffe-tout de Tasmanie a envie de glace avec de la neige jusqu’à la taille !!
    Les photos sont vraiment extraordinaires, c’est magnifique !
    Petite pensée pour ma sœur qui finit enfoncée dans la neige jusqu’à la taille et qui finit en maillot de bain (et je suis sûre que l’eau n’est pas à 21°) !
    Ça m’a rappelé Crayfish mais en froid !!
    Vous devez être à Ushuaïa à l’heure qu’il est…même genre d’ambiance mais là vous trouverez un café où vous réchauffer !
    Bisous les aventuriers !!!
    Continuez à vous faire plaisir et à mettre en réserve toutes ces merveilles dans vos têtes !

  3. Avatar Benoît dit :

    Waaah, malgré la météo, ça donne envie !! Il en faut du courage et de la volonté, mais ça doit laisser de sacrés souvenirs…

    J’adore les aventures « into the wild » !! 🙂

    Les paysages sont sacrément beaux en tout cas !! Bon courage pour la suite de votre périple !

  4. Avatar Danielle dit :

    je suis éblouie par la magnificence des paysages de Tasmanie, merci pour ces superbes et nombreuses photos, et les films.
    La rudesse du climat semble directement proportionnelle à la beauté des lieux, particulièrement à Twisted Lake. Vêtements humides du matin au soir et du soir au matin, dans le froid, dans la neige ou sous la pluie, brrr… « Quatre jours seulement » ; c’est déjà beaucoup !
    Comment allez-vous vous réadapter au confort occidental en rentrant ? Nuit d’hiver sur la terrasse de votre appartement dans les débuts? Nouilles chinoises un repas sur deux, puis espacement progressif ?
    Céline, il est interdit de ramener un wombat dans son sac à dos.
    Il est très agréable de vous voir sur les photos !
    Au revoir la Tasmanie, bonjour la Patagonie ! Aujourd’hui, 8°C, demain
    9°C, après demain 5°C, pluies relativement rares… C’est un petit mieux que la Tasmanie.
    On attend de vos nouvelles avec toujours autant d’impatience !

  5. Avatar Poune dit :

    WAOOOOOOUU§ Quelques trés beles photos. Pour espèce inconnue, il s’agit de « celinus eneigus » (en voie de disparition sous le manteau). J’ai également repéré un trucage : qui c’est y qui vous prend tous les deux en photo; le troisième homme? La côte ressemble à la Bretagne sauf certaines prises de vues qui évoquent plutôt le film King Kong. Quant au wombat, c’est bat et cela rappelle certaines peluches, n’est ce pas Lili?
    Je ne supporte pas de vous voir dans la neige: ça me fait froid dans le dos alors je me suis préparé une bouillotte pour ce soir. Heureusement que je sais que vous êtes en Patagonie dans un pays…chaud. Bises et à bientôt pour de nouvelles aventures dans mon fauteuil.

  6. Avatar Cécile dit :

    arghhhhh
    les sangsues ma pire phobie !!!!!
    j’en ai des frissons 😉
    gros bisous
    et fréro t’es trop beau on dirait vraiment Into the wild …

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