Camping au sommet

Impossible de randonner en autonomie en Bolivie ?
Trop de touristes ?
Trop haut ?
Trop dangereux ?
C’est ce qu’on va voir !

Sajama

Les villes, les musées, ça va bien quelques jours, mais l’appel de l’air pur est irrésistible et pendant notre tour 4×4 du sud Lipez, les sacs à dos nous ont démangés. Nous partons pour le parc national de Sajama, à la frontière chilienne et toujours sur l’Altiplano.

Le village de Sajama est tout petit, perdu au milieu des plaines à lamas et au pied du sommet le plus haut de Bolivie, le… Sajama. Il y a certes plusieurs petits hôtels rustiques, mais à cette saison il n’y a vraiment pas foule, l’ambiance est très paisible, ça nous plaît bien !

Ici la plupart des gens vit de l’élevage de lamas et d’alpagas  (ces derniers sont encore plus doux et plein de bouclettes). La journée les villages sont souvent vides, très silencieux, les habitants étant avec le bétail. Ceux qui entourent Sajama sont faits de maisons en terre, de fours à bois et d’enclos à bétail.

Nous sommes toujours avec ces maudits Québecois, mais les problèmes gastriques des uns et des autres (…) nous font partir en randonnée en couples.

Retour aux sources

Le premier jour, nous jouons la prudence : il est très important de s’acclimater à l’altitude, on ne rigole pas avec ça. Nous ne marchons donc que deux heures avant de planter la tente et le hasard faisant bien les choses, une piscine d’eau quasi-bouillante se trouve à un mètre de notre campement. La plupart des sommets qui nous entourent sont des volcans, ne l’oublions pas !

Après-midi baignade et nuit… baignade aussi.

Le deuxième jour, fini de rigoler. Cette fois-ci nous allons vraiment expérimenter la randonnée itinérante en altitude. Nous quittons les aguas termales situées à 4300 mètres d’altitude et nous enfonçons dans une vallée. Nous n’avons qu’une carte griffonnée sur un bout de papier et il n’y a pas vraiment de chemin, ce qui nous oblige à nous faire aider par les habitants des rares villages en terre. Voilà qui participe au charme de cette balade très sauvage !

L’ambiance est désertique, mais avec une végétation très variée dont la forêt la plus haute du monde ! (oui, on se répète en Bolivie, tout est plus haut, on n’y peut rien). Les queñoa sont de vrais arbres à l’écorce mille-feuille, qui poussent jusqu’à 5000 mètres. Nous découvrons aussi tout un éventail de « fleurs du désert » qui survivent malgré les conditions périlleuses : vent, sécheresse et attaque de lamas.

En plus des lamas, alpagas, vigognes, nous apercevons furtivement un renard et surtout un couple de nandus, ces autruches d’Amérique du sud.

C’est raide !

Après quelques heures de marche sur le plat, nous attaquons la montée. Et là, c’est le drame. Nous avons beau être à plus de 4000 mètres depuis trois semaines, randonner depuis dix mois, être extrêmement doués et résistants, c’est dur. Le manque d’oxygène (et le poids du sac !) se fait vite sentir. Au bout de 400 mètres de montée, nous voudrions bien capituler, mais un terrible vent se met à souffler et nous n’avons plus d’eau. Nous continuons donc tout doucement et plus nous montons, plus chaque pas nous coûte !

Mais comme toujours, nous ne faisons pas ça que pour souffrir. Avec le soleil qui descend, les crêtes de sable volcanique prennent des couleurs hallucinantes ! Nous sommes aussi accueillis par les mignonnes vizcachas, espèces de lièvres-marmottes des Andes.

Finalement après 5 heures de montée, nous n’avons fait que 700 mètres, mais ça veut dire que nous sommes arrivés : bivouac à 5000 mètres !!

Nous sommes épuisés. Nous prenons un peu d’eau pour les nouilles mais elle s’avère ultra soufrée… Tant pis, ce soir ce sera goût œuf… pourri ! Contre toute attente, nous passons une nuit tout à fait correcte.

Au réveil c’est la récompense, nous déjeunons au bord de la Laguna Chiar Kota et ses nombreux oiseaux. Les paysages sont vraiment sublimes et c’est très très sauvage : non seulement nous ne croisons personne, mais comme il n’y a pas de chemin nous marchons dans le sable et ne voyons aucune trace (à part celles les vigognes) c’est vraiment un trek « exclusif »…

Nous passons un col et descendons sur deux autres lagunas tout aussi splendides. Nous croisons les Québécois au niveau de la Laguna Casiri, c’est-à-dire au Chili ! Ils ont décidé de faire le tour dans le sens inverse.

De retour en Bolivie, nous descendons une vallée et plantons la tente au milieu… de geysers bien sûr ! Ils sont une trentaine de chaudrons d’eau bouillante le long d’un ruisseau. Assis sur un sol un peu chaud, nous faisons cuire un œuf que nous transportons depuis trois jours (nous avions prévu le coup, mais cassé le second !). Les geysers nous aident aussi à faire chauffer l’eau des pâtes au bain-marie.

Nous tentons le café avec l’eau directement sortie d’un geyser : c’est encore bien plus souffré que la veille, cette fois c’est imbuvable ! Même une cuillère (à café !) est déjà à la limite du supportable…

Enfin, tenant à notre hygiène impeccable, nous goutons l’eau du ruisseau dans laquelle deux geysers viennent se déverser. C’est correct, ou plutôt, pour être précis, disons que la sensation du fort courant d’eau chaude qui nous masse tout le corps est fantastique. Ce n’est d’ailleurs pas sans nous rappeler une cascade d’eau brûlante rencontrée en Indonésie : il y a des fois où on ne se demande pas pourquoi on voyage…

Le quatrième jour, nous profitons encore un peu de ce petit coin de paradis, puis rentrons au village de Sajama. Nous sommes en pleine saison des pluies et nous bouclons pourtant le tour sans une goutte !

Dans la tourmente

Mais comme nous en voulons un peu plus et avons une journée de battement le jour suivant, nous décidons de retourner à ces fameux geysers. Au moment de démarrer les deux heures de marche qui nous en séparent, quatre Russes dans un 4×4 nous demandent « where are the geysers? » (avec l’accent et le côté un peu intimidant). Le contrat est vite scellé, nous irons en voiture ! Les quatre types sont assez sympa, passent un peu de temps sur le site, gouttent l’eau et nous laissent de nouveau seuls. C’est l’anniversaire de Céline et nous cuisinons un menu de fête dans les geysers : des œufs durs et des patates.

Nous quittons l’endroit un peu précipitamment car le temps se gâte. Nous sommes sous une petite averse de grêle quand les premiers coups de tonnerre grondent au dessus de nos têtes. L’endroit est désespérément plat et il n’y a pas d’arbre-paratonnerre ! Nous nous réfugions dans une des maisons en terre le temps que ça se calme. Finalement, nous arrivons au village sans encombre, mais nous aurons un aperçu des orages de la région : difficilement prévisibles et assez massifs !

Pour conclure notre séjour dans cette charmante région, nous achetons un peau d’alpaga brute à la très gentille Doña Sophia. Nous voilà bien encombrés, mais nous repartons avec un souvenir tout doux de ce petit coin de paradis !

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7 réponses

  1. Sandra dit :

    Encore des coquins !!!
    La foulque est vraiment géante !
    L’orage est impressionnant !!
    Je vous imagine très bien dans votre petit spa à 5000m d’altitude !! Le luxe ce n’est vraiment pas ce que l’on croit !
    Pour la saison des pluies je dirai que c’est pareil en Bretagne, en fait on passe souvent à travers les gouttes…et comme chacun sait le temps est changeant..hen Olivier !
    Merci pour les splendides photos de plantes, ça me touche toujours beaucoup !
    Par contre Céline, tu penses vraiment mettre de la peau de coquin dans ton salon ?!
    Bises à vous les aventuriers

  2. Sandra dit :

    Magnifique !
    Sandra a raison, un spa naturel et des oeufs cuits au geyser, c’est cela le grand luxe !

  3. Sandra dit :

    Les fleurs sont extraordinairement belles, et les mousses aussi.

  4. Laurent dit :

    Il y en a marre des superlatifs mais c’est quand même sacrément magnifique ce trek exclusif !

  5. Il est sympa votre jardin, très grand ! Four à pain, piscine, spa, décoration florale originale, animaux géants … il n’y a que le potager qui à l’air quand même un peu en friche !!!

    Bon sinon, vu d’ici ces paysages sont sidérants (personne n’avait encore utilisé ce superlatif, [url=http://www.google.fr/search?sourceid=chrome&ie=UTF-8&q=site:entrelacets.local+sid%C3%A9rant]j’ai vérifié avant).

    Le panorama de Sajama est très beau, d’autant plus qu’il faut se dépêcher pour prendre les différentes photos qui le composent quand les nuages bougent vite.

    Avez-vous étudié la solution de s’habiller de trois bouts de ficelle et de la peau d’Alpaga jusqu’à la fin du voyage au lieu de la porter dans un sac ?

    Bisous les globe-trotters !

  6. Antoine dit :

    Whaou génialissime !!!
    Il s’en est écoulé des mois depuis notre rencontre à Labuanbadjo 🙂
    De notre côté on est rentré en France depuis 2 mois mais déjà (et encore plus après avoir fait le tour de votre blog) on pense à notre prochaine année sabbatique.
    Profitez bien et continuez à nous faire voyager 😉

  7. Olivier dit :

    Whaou génialissime !!!
    Il s’en est écoulé des mois depuis notre rencontre à Labuanbadjo 🙂
    De notre côté on est rentré en France depuis 2 mois mais déjà (et encore plus après avoir fait le tour de votre blog) on pense à notre prochaine année sabbatique.
    Profitez bien et continuez à nous faire voyager 😉

    Merci ! Je crois qu’à notre retour nous aussi on lira quelques blogs de nos amis rencontrés en voyage, ça nous permettra de continuer à voyager. D’ici là, on profite, promis ! Vous n’êtes pas les premiers à nous dire que le retour est rude… on balise un peu 😉

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